Troyes sur Aube Capitale Sud-Champagne
Berceau dAviation du Monde


Aronats, Arostats, Ballons dirigeables
1783 => 1909



1er meeting daviation du Monde 1909 Reims Capitale Nord Champagne.
Nescire quid antea quam natus sis acciderit, id est semper esse puerum. (Cicron)

Les auteurs anciens rapportent l'Histoire des temps hroques o la lgende donnait des ailes aux hommes et droit de cit au sjour des dieux.
Tous ces rcits que la fable inventa ne sont pas sans dceler un fond de vrit dans les tentatives que, de toute antiquit, des audacieux durent accomplir pour faire la conqute des cieux.
Toutefois, ce n'est qu'au IVe sicle avant notre re qu'Architas de Tarente aurait lanc dans les airs le premier cerf-volant.
Plus tard, sous le rgne de Nron, Simon le Magicien faisait, Rome, des essais sur le vol qui lui valurent de venir s'craser le crne sur les dalles du Forum.
Au XIIIe sicle, Roger Bacon 1, dans son trait de l'admirable puissance de l'art et de la nature, mit l'ide que l'on pouvait faire des machines pour voler dans lesquelles l'homme, tant assis ou suspendu au centre, tournerait quelque manivelle qui mettrait en mouvement les ailes faites pour battre l'air, l'instar de celles des oiseaux.
Dans ce mme trait, il donne la description d'une machine volante qui a beaucoup d'analogie avec celle construite par Blanchard au XVIIIe sicle.
A la fin du XVe sicle, Jean-Baptiste Dante, mathmaticien Prouse, construisit des ailes artificielles qui permettaient l'homme de s'lever dans les airs. On rapporte qu'il essaya plusieurs fois son appareil sur le lac de Trasimne et que ces expriences ne furent pas toujours couronnes de succs.
Dans une fte donne l'occasion du mariage de Bartolomo Aivlano 2, ce clbre gnral vnitien qui contribua notre victoire de Marignan (1515), Dante voulut offrir un spectacle indit la ville de Prouse.
Au moyen de son appareil, il s'leva trs haut au-dessus de la place. Mais, le fer avec lequel il dirigeait l'une de ses ailes s'tant bris, il tomba sur l'glise Notre-Dame et se cassa une cuisse.
A cette poque, Lonard de Vinci 3, aussi clbre par son merveilleux talent de peintre que par ses conceptions mcaniques, rechercha le moyen d'imiter le vol des oiseaux et l'on peut voir dans les manuscrits de la bibliothque de l'Institut Paris 4 le fac-simil des dessins de cet homme de gnie sur les ailes artificielles, de mme que d'autres figures donnant galement le principe de l'hlicoptre 5 et du parachute.
Il n'est donc pas surprenant qu'en 1536 un horloger italien, Bolori, ait fabriqu des ailes composes de ressorts combins, et, aprs divers essais, ait risqu de prendre son vol de dessus la plate-forme de la tour de notre cathdrale 6. Port par ces ailes, il se balana dans les airs et dirigea son vol vers l'Est, mais un ressort s'tant rompu, il tomba dans la prairie de Foissy 7 et se tua 8 .
Grosley dit connatre ce fait par la tradition conserve au XVIIe sicle et constate par des mmoires authentiques. D'autre part, le dernier des descendants de Bolori et de son nom, qui exerait dans la rue Moyenne 9 Troyes le mtier de fripier-vendeur, certifie l'exactitude de ce fait.
M. Le Clert, dans son rapport la Socit Acadmique de Troyes du 17 juin 1910, prcise que Denis Bolori tait bien tabli horloger dans notre vieille cit champenoise de 1515 1536 et qu'il est l'auteur de l'horloge de Rigny-le-Ferron 10 (1530) qui porte son nom.
Si j'ai donn ce dernier renseignement, c'est pour deux motifs. D'abord pour souligner que Denis Bolori 11 n'est pas un mythe puisqu'il exerait rellement sa profession dans notre ville une poque bien dtermine, de 1515 1536, et ensuite pour me permettre d'tablir un rapprochement entre ces dates et celles intressant l'existence de Lonard de Vinci et de Jean-Baptiste Dante, de Prouse.
Ces deux savants, prcurseurs du vol de l'homme, vivaient donc la mme poque, habitant, l'un, la Toscane, l'autre, l'Ombrie, deux provinces voisines. Se sont-ils rencontrs ? Si non, ont-ils pu changer leur sentiment sur cette passionnante question. C'est probable, attendu que le lac de Trasimne, au-dessus duquel exprimentait Jean-Baptiste Dante, n'est pas tant loign de Vinci (Florence), patrie de Lonard.
Quoi qu'il en soit, on peut estimer que les esquisses assez pousses de Lonard de Vinci, refltent, avec toute la prcision dsirable, l'ide qu'on se faisait au dbut du XVIe sicle, des machines volantes dont elles tablissent le fonctionnement avec une grande ingniosit.
De ces diffrents exposs, il rsulte que Denis Bolori est non seulement compatriote mais contemporain de ces hommes de gnie. Serait-il donc surprenant que notre horloger, qui s'intressait tout particulirement aux expriences de vol, et eu connaissance des dessins de Lonard de Vinci ou bien que son attention, et t attire par la renomme des exploits accomplis sur le lac de Trasimne et Prouse.
De l, concevoir et excuter un projet, dans l'esprit de ce qu'il avait vu ou de ce qu'il avait entendu rapporter par des tmoins oculaires de de ces vols, il n'y avait qu'un pas, puisque la profession d'horloger donnait, Bolori, suffisamment de connaissances mcaniques, pour mettre au point des ailes.
Et quel en tait le mcanisme ?... Ne le trouvons-nous pas dessin par l'illustre auteur de la Joconde .
Aussi, dsireux d'immortaliser par l'image ce vol clbre, j'ai pri mon ami, Charles Favet, de s'inspirer des esquisses de Lonard de Vinci, afin de donner les ailes 12 qu'il convient cet humble artisan, mort au champ d'honneur de la science !

Aerostation

Au premier âge de la montgolfire



Champagne, champ dexprimentation des premiers Ballons militaires de France (Châlons en Champagne, Capitale Est)

Qui pourrait relater combien d'enthousiasme suscita, chez les uns, cette nouvelle dcouverte de la montgolfire, alors qu'elle apporta tant d'effroi dans lme fort nave de certains autres.
A Gonesse, l'arostat, qui venait d'atterrir le 27 aot 1783, 5 h 45 de l'aprs-midi, fut considr comme un monstre antdiluvien. La foule, tremblante de peur, l'assaillit coups de pierres, de fourches et de flaux.
Le cur de la localit dut intervenir, et, aprs s'tre approch du ballon, il rassura ses paroissiens. Ceux-ci n'en attachrent pas moins, la queue d'un cheval, les dbris de la montgolfire, et la mirent en pices en la tranant travers champs.
Ailleurs, cette invention apparut comme un suprme dfi lanc la divinit. Essayer l'escalade des cieux, n'tait-ce pas vouloir s'arroger des droits qui ne sauraient appartenir aux humains aussi, pouvait-on redouter les pires catastrophes dclenches par les dieux en courroux.
Afin de prvenir les terreurs que ne manquerait pas de provoquer, parmi le peuple, l'arrive ou la vue des ballons, le gouvernement dcida de lancer une proclamation dans toute la France.
Cet dit stipulait notamment que ceux qui dcouvriraient dans le ciel des globes offrant l'aspect d'une lune obscurcie devaient tre prvenus qu'il ne pouvait tre question d'aucun phnomne effrayant, mais seulement, d'une machine entirement compose de taffetas ou de toile lgre recouverte de papier ; qu'en consquence, cet engin ne saurait causer aucun mal, mais qu'au contraire, il tait appel rendre les meilleurs services la socit.
On peut lire dans le journal de Troyes et de la Champagne mridionale, du mercredi 19 octobre 1783, une lettre turque d'Osmin Gerra son ami l'Iman Kiffa Ajack.
Elle rvle, d'une faon singulire et en mme temps la plus imprvue, les sentiments qui bouleversrent cette me musulmane, ds l'apparition des premires montgolfires.
Je ne saurais, tant elle est suggestive et originale, rsister l'imprieux dsir d'en publier quelques fragments. Cet crit parat avoir une certaine analogie avec les lettres persanes de Montesquieu. L'auteur s'en est-il inspir ?
Aux lecteurs, d'en tirer les dductions qu'il leur plaira.

De Paris, le 27 de la lune de Shawal, dans la 1196e anne de l'hgire



Je l'ai assez longtemps habite, pour prvoir les maux qui vont tomber sur l'empire des croyans , cette ville immense et sans gale, o je vis aujourd'hui gracieux Kiffa-Ajack ! Ces Franais, parmi lesquels je passe depuis deux ans mes jours entre les sciences et les plaisirs, me font une peur continuelle avec leurs Arts que nous faisons bien d'en ngliger J'usage.
Ce peuple tonnant ne voit rien dans la nature qui soit sacr pour lui. Ses philosophes lui calculent, avec l'exactitude la pIus svre, la marche de ces globes de feu que le Crateur dirige sous la vote de son trne ; et les deux luminaires du ciel n'oseraient, sans eux, faire un pas de plus dans l'immensit des sphres.
Ils ont arrach la foudre des mains du Tout-Puissant, l'ont force descendre sur une verge de mtal et se perdre dans le centre de la terre.
Mais ce que I'audace des mortels navait point encore tent, ils lentreprennent- Ils veulent escalader les cieux ! - Bientt ils disputeront au Dieu de gloire l'empire de l'Univers ! Les plaines thres se peuplent de chars volants, de globes plus lgers que l'air qu'ils pntrent. C'est sur ces machines fragiles qu'ils planeront au-dessus des toiles.
J'ai t tmoin, la semaine dernire, de l'intrpidit curieuse de deux de ces tres tonnants qu'on nomme ici Physicien ... 13 juge du dlire auquel ils se livrent. Un peu de fume d'une odeur ftide obit leur volont et lance au-dessus d'eux, dans le sjour des vents, ces voitures de nouvelle fabrique... Nos harems, ces murs pais et levs dont ils sont clos, ces tres imparfaits, qui jour et nuit y surveillent, ne garantiront pas la race d'Ibrahim de l'affront d'tre trahis et de la ptulance des Franais ! Sur ces globes ariens, ils fondront, avec la rapidit de l'oiseau de proie, dans ces asiles de l'ennui qui va s'envoler leur approche.
Nos belles tonnes souriront leur audace 14, accoutumes, dans l'esclavage, briguer auprs d'un seul matre l'honneur honteux du mouchoir ! Mille amans , mille esclaves brlant d'amour leurs pieds, leur sembleront une nouveaut si prcieuse, qu'elles n'hsiteront point cder !...
Je les connais ces hommes entreprenans ; notre Prophte lui-mme ne droberait pas, leurs attaques audacieuses, les divines Houris qu'il destine, dans une autre vie, aux plaisirs ternels des vertueux musulmans.
S'ils en conoivent l'ide, ils iront, au del du firmament, les arracher des bras paternels du chef des Croyans ...
Qui peut deviner ce qui rsultera d'une invention qui met le quatrime lment dans la dpendance de l'homme !... s'il atteint, dans l'art d'asservir l'air, la perfection que ses premiers succs lui promettent, alors, plus de sret dans les proprits, les cltures sont superflues, les enceintes o l'on enchane les gens nuisibles sont impuissantes, l'innocente vestale qui se drobe, dans un clotre, aux piges du sicle, au tumulte de ses sens, n'chappera plus aux tentatives de l'audace et des passions. Tous les calculs, toutes les marches de la tactique moderne ne garantiront pas une arme terrestre de l'invasion d'une phalange arienne. La navigation va devenir un art, inutile ! - les ballons d'air prcderont toujours et remplaceront, sans doute, nos meilleurs voiliers.
La face de l'Univers change, tout est boulevers .
Gmis avec moi, sage Iman, et conjure le Prophte d'carter, de nos bords, des prsages aussi funestes!
Cependant donnes-en avis la Sublime Porte. Fais que le Divan 15 adopte des sentiments pacifiques. Tout retentit, en ce pays fortun, des acclamations de la Paix, qu'un roi bienfaisant, vient de donner aux deux mondes. Chacun le bnit, tandis que le dmon des combats souffle la discorde prs des rives du Bosphore - Moi, je ne puis m'empcher d'admirer et de redouter un peuple qui, d'une main, dirige les vnements de la Terre, et de lautre, saisit au sein du ciel mme, une portion du pouvoir de la Divinit !

Ton ami : Osmin Gerra


Certes, cette lettre est fort amusante, mais aussi, combien significative. C'est presque une prophtie qui, de nos jours, trouve sa ralisation dans lapparition de lavion. Bien curieux cet Osmin Gerra ?...


Montgolfires et aerostats


Premiers Ballons dirigeables militaires de France Châons en Champagne, Capitale Est.

Pour la premire fois, le 23 mars 1784 16 slvent Troyes deux montgolfires, proximit de la cathdrale et en prsence d'une grande affluence.
L'une d'elle pouse la forme d'une grenade de 12 pieds 17 de diamtre et va s'abattre dans les fosss, prs du moulin de la Tour ; lautre, de forme ronde, qui mesure neuf pieds de diamtre, se perd dans les nuages et finit par tomber Argentolles, dans la proprit de M. Cuissin, tout auprs de la route de Brienne. MM. Faytou, fabricants de papier, de Saint-Martin-les-Langres, et Sainton, directeur du Journal de Troyes, participent au succs de cette exprience clbre.
Un amateur ne pouvait mieux faire, au lendemain de ces deux atterrissages, que de publier une, petite posie qui, dans son ingnuit, rvle le got de l'poque. Elle s'adresse Mme de La Boulaye, dont le pre, M. Cuissin, est propritaire du domaine d'Argentolles, proprit o atterrit la deuxime montgolfire.

De lamiti, de la reconnaissance,
Deux globes, en un jour, levs sous vos yeux.
A la Boublaye ils doivent leur naissance,
Cest elle qui traa leur route.

Dsespr de quitter sa prsence,
Le premier, dans les flots, a fini ses destins ;
Et lautre, aprs avoir dcrit un arc immense,
Sans doute dirig par dinvincibles mains,
Cdant rapidement au penchant qui lentrane,
Rend hommage sa souveraine,
Rt sbaisse dans ces jardins.


La seconde manifestation aronautique eut lieu le 2 avril 1784. Un ballon de forme irrgulire, de 30 pieds de hauteur, et d'un diamtre de 17, fut lanc, 3 h. 28 de l'aprs-midi, cour du Chapitre le l'Eglise Cathdrale. Il s'leva environ 1.200 toises 18(3) pour tomber sur un peuplier, dans le parc du Chteau des Cours !

Cette montgolfire tait construite en diverses espces de papier, sous la direction d'un notaire, d'un chanoine, d'un professeur et d'un lve de l'cole de dessin 19
Le 4 avril 1784, trois socits d'amateurs organisrent dans l'enclos de la fabrique d'indiennes du sieur Geoffroy-Prieur, au faubourg Croncels, une runion de bienfaisance avec dpart de trois arostats de 12, 10 et 9 pieds de diamtre. Les ballons s'levrent une grande hauteur, pousss par un vent N.E. Le plus petit des trois prit feu et tomba moiti consum un kilomtre de distance. Cet incendie causa une certaine raction parmi le public, qui vit l un danger.



On craignait le risque d'incendie dans la ville, avec ses maisons construites en bois, ou bien dans les pays environnants, les fermes et les habitations tant couvertes en chaume.
Aussi le bailliage prit-il, le 15 avril 1784, l'arrt motiv reproduit ci-contre 20 .
Cette ordonnance du bailliage n'tait pas faite pour encourager les amateurs ou les socits de notre ville lancer des montgolfires, et puis, cette poque, il n'y avait pas d'hommes, Troyes, assez enthousiastes pour se risquer naviguer dans les airs.
Certains prfrrent taquiner les muses ; ainsi un Troyen, M. Courtois, dans un petit conte Le Ballon, qu'il crivit le 13 octobre 1784 21 , fait figure de moraliste, non sans un certain esprit d-propos ; en voici le rcit ;

LE BALLON

Un globe de papier enrichi de peinture,
Allait, avec son gaz, saluer lternel.
Lunettes sur le nez, dans sa grave posture.
Lastrologue jurait quil ntait rien de tel !
Et qu'un jour, l'on verrait notre faible nature
Aller faire visite aux habitants du ciel
La machine leve entr'ouvrait l'atmosphre
Et s'lanait tout haut, pour arriver tout bas.
Mais quel malheur ! le globe, au sjour du tonnerre,
Se crve et, par degrs, laisse chapper son gaz.
Dcline de son poids, tombe sur la bruyre,
Roule, bondit au loin et de vent se remplit.
Pre de grands esprits, systmes et conqutes.
Leur sort, dans cette chute, est pleinement crit.
Quand vous les concevez, le gaz est dans vos ttes ;
Faut-il excuter ! Ah, messieurs les savants !
Ce sont de beaux ballons, qu'on voit jouets des vents !...



Pendule montgolfire
(Collection Pierre de Montgolfier)


On trouve aussi, dans les archives de la bibliothque, un manuscrit intitul Jeannot physicien 22 ou la chute du ballon.
C'est un uvre nave et peu importante ; toutefois, elle mrite dtre signale, ne serait-ce que pour indiquer combien, cette poque, les esprits taient subjugus par l'apparition de ces montgolfires 23 alors considres, par beaucoup, comme des engins de sorcellerie !
Voici le thme de ce pome : Jeannot aime Suzon et l'enlve dans le ballon du sieur Vitriol ; l'atterrissage, Le Guet met l'embargo sur les fugitifs qui sont pris pour des sorciers et vont tre pendus . Mais ils sont reconnus. Tout sarrange, et Jeannot pouse Suzon.
Il faut maintenant attendre l'anne 1794 pour voir de nouveau s'lever Troyes une montgolfire ; elle prend son essor, l'occasion d'une grandiose crmonie consacre l Etre suprme 24
Symbolisant le globe terrestre, elle s'lance dans l'infini pour porter les vux du peuple la Divinit.
Nous sommes au 20 prairial, an second de la Rpublique 25 (1). Au lever de l'aurore, une musique guerrire se fait entendre l'aspect de l'astre bienfaisant qui vivifie la nature... 26
A une heure de l'aprs-midi, la trompette perce les airs, les tambours battent, le canon tonne et tout annonce une marche des citoyens vers le boulingrin 27 o se dresse l'autel de la libert.
Un immense cortge, suivi de la statue de la libert et des tables o sont inscrits les Droits de l'Homme, portes par huit hommes costums l'antique, s'engage dans la rue Notre-Dame 28, tourne les Quatre Vents 29 , Etape au Vin 30 , descend l'Htel Dieu, passe sur la place du Temple ddi l'Etre suprme 31 , sort par la porte des Sans-Culottes 32 et prend le chemin du Boulingrin .
Le Prsident de la commune, Bouill, prside la crmonie. Autour de l'autel de la Libert se sont rangs : la municipalit, les magistrats, les fonctionnaires tenant de gros pis de bl mls (les fleurs et des fruits, et les comits de surveillance des sections entours des quatre ges l'enfance orne de violettes, l'adolescence, de myrthe, la virilit, de chne et la vieillesse, d'olivier.
A six heures, un silence profond rgne de toutes parts. Le Prsident, tenant deux flambeaux, s'crie d'une voix retentissante :

Peuple tu ne peux douter que ce que tu vois, que ce qui t'tonne est l'ouvrage de l Etre suprme . Il faut tre Lui, pour avoir conu ce sublime ensemble. Descends dans ton cur et tu seras convaincu de son existence immuable ; apprends qu'il est l'ami de la vertu et de la sagesse et quil est lennemi des mchants. Peuple, en ton nom je proclame et lui envoi ton vu : Le peuple franais reconnat lexistence de lEtre suprme et limmortalit de lme.

A sept heures, le Prsident Bouill prsente le flambeau sous la montgolfire, autour de laquelle sont inscrits ces mots A l'Etre suprme . Quelques instants aprs, il s'crie Image du globe qu'habitent les mortels, porte la Divinit leurs vux et leurs hommages .
A ce moment, l'arostat s'agite, part et monte majestueusement sers la vote cleste. A ce spectacle, hommes, femmes, enfants, vieillards sont trs. mus ; les jeunes filles toutes vtues de blanc, aux ceintures tricolores, jettent, dans les airs, ce qui leur reste de fleurs ; toutes les mes s'lvent vers la vote azure, on s'embrasse avec attendrissement et le dernier cri des citoyens est Vive la Rpublique et que ce vu s'lve jusqu'au trne de la Divinit .
C'est par un feu continu et le roulement du tambour que l'artillerie termina cette fte, qu'un temps calme et serein a rendu l'une des plus brillantes qu'aient t clbres dans notre cit.

AN II, 20 PRAIRIAL (8 juin 1794)


Reconstitution de la crmonie consacre lEtre Suprme


M. Albert Babeau, dans son histoire de Troyes et de la Rvolution, commente ce fait de la faon suivante :
Cette fte, malgr quelques dtails empreints du got faux et dclamatoire de l'poque, tait de nature mouvoir les Ames, parce que, pour la premire fois depuis six mois 33, elle leur avait parl de l'immortalit de l'me et de l'existence de Dieu.
Les crmonies, dont quelques-unes rappelaient celles des anciennes processions, avaient t ordonnes de manire frapper l'imagination. On esprait ainsi faire oublier le culte ancien, par les pompes et lclat d'un culte officiel nouveau, on oubliait que toute religion a besoin de tradition et de mystres...
Le ballon, qu'une mise en scne purile envoyait vers la Divinit ntait qu'un triste emblme d'une philosophie anime d'intentions leves, mais dont le souffle fut impuissant produire les rsultats bienfaisants qu'elle avait rv !

Il m'est permis de regretter que cet historien n'ait eu qu'une vue purement objective en ce qui concerne le dpart de cette montgolfire, qui a cependant cltur cette journe dans une atmosphre d'apothose !
Quels pouvaient bien tre les sentiments du peuple, l'issue de cette crmonie, quand l'arostat s'leva, dit le rcit, majestueusement vers la vote cleste .
Pour en juger, il est indispensable de se placer dans l'ambiance du moment, c'est--dire en 1794, et de considrer que la montgolfire n'avait fait jusqu'alors, dans notre ville, que quelques apparitions.
D'ailleurs, l'un de nos compatriotes, M. Gueignard, qui avait assist, le 1er dcembre 1783, aux Tuileries, au dpart de Charles et de Robert, nous donne son impression par la narration qu'il fait de cet vnement, dans le journal de Troyes, du 2 dcembre 1783.

On ne saurait, dit-il, s'imaginer l'tal d'immobilit, dans lequel les six cent mille spectateurs ont t plongs, tant ils taient saisis d'admiration.
L'ascension s'est faite avec une pompe et une majest dont on na pas d'ide. Le soleil rpandait sur cette machine une magnificence qui ravissait, on eut cru voir des Dieux environns des rayons de la gloire qui remontaient au cleste sjour. Pardonnez-moi cette expression mais il n'est pas un spectateur qui n'ait t merveill.
A la stupfaction cause par le mlange de surprise, de crainte et d'admiration ont bientt succd les applaudissements ritrs. On ne les voyait plus, qu'on avait toujours les yeux fixs sur l'endroit o ils avaient disparu. L'imagination se portait avec eux dans la vaste rgion de l'air, il semblait qu'on ne tenait plus la terre et l'on tait fch de s'y retrouver. Tel est le spectacle pompeux qui a tonn tous les savants. J'en donne ici une trop faible esquisse, pour ne pas regretter que mes compatriotes n'en aient pas t tmoins...

Lors de la crmonie l'Etre suprme, la montgolfire se prsentait donc sous un jour assez mystrieux. C'tait un globe tout environn d'un indfinissable symbolisme qui s'lanait vers l'infini, dans cet inconnu o nul Troyen, jusqu' ce jour, n'avait encore os pntrer et o l'on place gnralement le sjour des Dieux.
Il n'est donc pas surprenant que le citoyen Prsident Bouill et son comit aient cherch frapper l'imagination populaire en donnant tout l'apparat convenable et presque rituel au dpart de cet arostat qu'ils prsentrent comme le messager du peuple vers la Divinit.
Cette scne ne me parat pas aussi purile qu'on pourrait le penser de nos jours, car cette ascension suscita un enthousiasme indescriptible qui se termina par d'attendrissantes effusions.
Que cette montgolfire se ft leve majestueusement, rien de plus naturel, les ballons ne tiennent-ils pas, sous leur charme, mme de nos jours, les spectateurs qui assistent leur dpart ; qu'elle et t considre, cette poque, comme un symbole de mdiation entre le peuple et la puissance divine, je ne saurais m'en tonner et je conois difficilement qu'elle ait t un triste emblme d'une ide philosophique, ft-elle mme trs leve, car le ballon porte en lui une majest indniable qui rend son envole vers l'immensit des cieux toujours trs impressionnante.
En confiant cette ide mon camarade, Charles Favet, par son burin d'artiste, il en a fait ressortir le caractre la fois original et historique.

Les annes qui vont s'couler ne donneront pas encore, aux Troyens, la satisfaction d'assister l'impressionnante envole d'un ballon mont . Cependant, des lancers de montgolfires de petite dimension ont-ils lieu, malgr l'dit du bailliage dj vtuste, lors de diffrentes ftes organises dans notre Cit et dans le Dpartement.
L'un de ces dparts se signale par son originalit.
Le 24 octobre 1830, le physicien Siegmann se propose de prsenter, au public troyen, une sensationnelle attraction 34, aussi, le Journal de Troyes et Champagne annonce-t-il qu'une montgolfire S'lvera place des Jacobins, au cours de cette journe.
Cet arostat doit emporter deux animaux vivants placs dans une petite barque, le tout soutenu par un parapluie accroch au lieu et place de la nacelle. Ds que le sphrique aura atteint une altitude de 1 000 toises, le parapluie se dtachant, les animaux descendront sans danger.
Voil une application originale du parachute 35 et laquelle nous ne saurions songer de nos jours, ce prcieux engin ayant fait de tels progrs qu'il pourra bientt soutenir un avion et lui permettre d'atterrir sans encombre. Il peut se faire que nos concitoyens aient t vivement intresss par le spectacle de ces animaux atterrissant sains et saufs, grce au bienveillant parapluie ; toutefois, on ne signale, Troyes, le dpart d'aucune machine arostatique portant avec elle une ou plusieurs personnes pour employer les termes de l'dit du bailliage.
Nos braves Troyens seraient-ils, par hasard, rfractaires l'ide d'escalader le ciel, puisque c'est un parisien, Louis Godard, qui viendra en 1854 offrir le spectacle, dans notre ville, du premier dpart d'une montgolfire monte . Mais auparavant, le 24 septembre 1851, Chlons-sur-Marne., un ballon s'lve inopportunment emport par un violent coup de vent et vient descendre tragiquement dans notre dpartement, sur le territoire de Villy-le-Marchal. Voici le rcit de cette dplorable aventure.

L'ascension 36 d'un ballon avait t promise dans le programme des ftes de Chlons-sur-Marne qui ont eu lieu le 24 septembre 1851. Ds trois heures du matin, ce ballon Le Majestueux , cubant 2 400 mtres, aprs avoir t gonfl dans l'usine gaz, en prsence de M. Vagny, architecte de la ville et de MM. Cordier, Boyard et Sans, l'un propritaire et l'autre grant de cette usine, s'est chapp pendant le trajet de l'usine l'hippodrome, par suite d'un violent coup de vent.
MM. Merle, aronaute, et Aubert, chimiste prparateur de M. le professeur Barral, du Collge de France, se trouvaient dans l'arostat pour commander les manuvres par suite de l'extrme difficult de l'opration.
Voici une lettre de M. Aubert adresse l'un des propritaires de l'arostat, dans laquelle il rend compte des tristes incidents de son voyage et de sa descente dans le dpartement de l'Aube, entre Saint-Jean-de-Bonneval et Villy-le-Marchal, le 24 septembre 1851 :
Lancs dans l'espace, sans ancre et sans girouette, il nous tait difficile d'admettre de descendre de suite, cause du vent qu'il faisait. Un motif encore plus puissant nous retenait, c'tait l'obscurit. Nous nous dcidmes attendre le point, du jour, le vent qui soufflait du Nord ne nous faisait pas craindre d'tre pousss hors de France.
Il y avait un danger dans notre position, c'est que le ballon n'tant rempli qu' moiti devait nous lever une hauteur de 5 500 6 000 mtres o nous serions invitablement exposs un froid approximatif de 15 20 degrs, surtout pendant la nuit.
Aussitt que le ballon et t gonfl, nous ouvrmes la soupape une quinzaine de fois de suite pour arrter sa marche et nous faire redescendre. M. Merle, souffrant du froid, s'enveloppa d'une petite bche et se mit au fond de la nacelle. Quant moi, je m'accoudai sur le bord de la nacelle cherchant distinguer quelque lumire, de villes qui pt me guider sur la marche du ballon. Je venais de refuser Merle de prendre son bonnet de coton comme tant plus commode qu'un chapeau, lorsque me sentant pntr par le froid, je lui demandais s'il ne voulait pas descendre un peu. II ne me rpondit pas. Je lui pris le bras, il tait sans mouvement. Je le crus frapp d'une attaque d'apoplexie. Il n'y a qu'un instant que j'ai cru trouver la cause de cet vanouissement. Merle devait tre en sueur quand il est parti et le froid l'avait saisi sans qu'il et suffisamment conscience de sa position.
Je me pendis aussitt la corde de soupape pour descendre au plus vite et, au bout de trois quarts d'heure environ, je prenais terre, presque sans secousse, dans un pr quatre lieues de Troyes, entre Saint-Jean-de-Bonneval et Villy-le-Marchal 37 .
Je continuai frictionner Merle pendant quelques instants, car la nuit et le brouillard taient si intenses que je ne savais de quel ct me diriger. N'obtenant rien de mes soins, d'ailleurs trs insuffisants, et entendant chanter le coq, je cherchai et je dcouvris une ferme dont le propritaire, trs obligeant, vint de suite prendre mon compagnon tandis que je m'occupais de chercher un mdecin.
Pendant une heure et demie, j'ai fait tout mon possible, aid par les soins intelligents du fermier pour rappeler Merle la vie ; tout a t inutile et quand le mdecin arriva, les membres taient dj raides mon compagnon n'tait plus.

I. Aubert.


Les obsques de l'infortun aronaute Emile Merle eurent lieu Villy-le-Marchal, le vendredi 26 septembre, et l'emplacement o il repose est toujours existant dans le petit cimetire de cette commune.
En 1853, Coste, l'aronaute de l'hippodrome et des arnes nationales Paris, se propose de gonfler Troyes un ballon, Le .Montgolfier , mais ne russissant pas trouver les capitaux ncessaires pour l'organisation de cette ascension, il y renonce.
En prsence de cette apathie gnrale, la presse se plaint amrement du manque d'initiative des habitants de Troyes. Elle regrette de voir chouer ce projet alors que tant de villes ont dj t tmoin du dpart d'une Montgolfire monte ; nul doute, dit-elle, que ce spectacle ait conduit dans nos murs, par de nombreux trains de plaisir , une foule considrable de spectateurs.
Mais l'anne suivante, Louis Godard 38, vient en notre ville prendre le dpart bord de sa montgolfire et voici le rcit que donne de cet vnement l'Almanach de Champagne et Brie :
Le 26 mars 1854, la population tait. runie dans la vaste enceinte la halle aux vins 39 . La curiosit tait vivement intresse. La municipalit, pour clore dignement les rjouissances de la foire avait voulu donner aux habitants le spectacle nouveau dune ascension arostatique.
Le temps semblait favoriser l'exprience, l'air tait calme et tide, agit seulement par une brise lgre. Les dames occupaient, en magnifiques toilettes, la droite de l'enceinte rserve. Toutes les notabilits de la ville et du dpartement s'y trouvaient runies. Au dehors, une immense population s'tait prive de cartes d'entre, comptant, avec raison, que les percepteurs de droit ne pourraient dpasser la toiture de l'difice.
On avait demand deux heures de prparatifs, il y en avait prs de trois d'coules et les choses ne marchaient pas.
Louis Godard allait et venait, paraissait contrari et mcontent ; il bourrait force gerbes de paille sous son immense montgolfire qui ne se gonflait pas son gr.


Louis Godard


Pour comble d'ennui, l'arostat se trouva tout coup entam par un coup de vent sur une largeur de plus d'un mtre. On appelle le tailleur pour recoudre immdiatement cette dchirure. Tout cela prend du temps et prolonge le malaise de la foule impatiente. On murmure les mots de parti pris , de comdie joue l'avance .
M. le Maire de Troyes, dans une intention toute bienveillante, s'approche de laronaute et lui dit : Quelles que soient les conventions faites, si vous voyez le moindre danger, ne partez pas . Soyez tranquille, rpond Godard, je saurai bien faire ce quil faut et tout aussitt, il bouleverse son monde, fait retirer le tailleur, accroche la nacelle et change de costume, tout cela fut laffaire de quelques minutes.
II se place dans la nacelle, commence s'lever graduellement et prononce le sacramentel Lchez tout . A cet instant, la montgolfire qui planait doucement sur les spectateurs, s'lve avec la brusque rapidit de l'aigle emportant sa proie. C'est peine si l'il peut la suivre dans les rgions inconnues o elle va se perdre. On la voit toujours au sein des nuages et l'on attend, avec anxit, de quel ct le vent pourra la diriger.
Tout coup, un craquement semblable un tonnerre lointain se fait entendre. L'arostat s'abaisse avec une rapidit foudroyante, l'air est entr avec violence dans l'ouverture mal ferme, il a dchir le ballon dans toute la largeur.
C'en est fait ! Rien ne saurait garantir le malheureux Godard d'une mort certaine; son frre scrit : Oh ! Mon pauvre Louis ! Tu es perdu !
Mais lorsqu'on s'attendait dj voir la nacelIe et son conducteur broys sur les toits du voisinage, le parachute se dploie comme un ange sauveur et l'arostat descend avec la lenteur qu'il avait, mise primitivement dans son ascension.
Le ballon vient s'abattre sur le Mail de Croncels, la nacelle se prend au sommet des arbres et le malheureux aronaute, trop heureux encore dans sa msaventure, se trouve accroch par les pieds aux branches d'un arbre qui avoisine la caserne 40.
Les voltigeurs du 12e lger s'lancent avec rapidit, dgagent aussitt M Godard et sa nacelle et le font descendre sain et sauf au milieu de la promenade.
Il nous serait, impossible de rendre les pripties de cette scne mouvante. A l'aspect du danger imminent de l'aronaute, les femmes poussent des cris, les hommes se prcipitent pour tcher de conjurer le malheur. Tous les curs sont oppresss devant, ce pril invitable el un immense cri de joie retentit dans la foule lorsqu'elle voit M. Godard arrach la mort qui l'attendait.
Le dimanche suivant, dans la cour de l'Usine Gaz, l'intrpide voyageur risquait, une ascension nouvelle mais dans des conditions plus favorables et qui n'eurent pas la fcheuse issue de la premire exprience.
Quoiqu'il en soit, nous doutons fort que M. Godard soit toujours aussi heureux, l'habitude de ces hardies prgrinations fait ngliger souvent, les prcautions ordinaires. Et, si la vigilance s'endort, le danger toujours prsent fait tomber sur la tte de l'imprudent qui l'oubli, une catastrophe d'autant moins dplore qu'elle parat en quelque sorte avoir t recherche.

Ainsi, se droulrent les deux premires ascensions en ballon mont dans notre ville. Bien que le tmoin de ce rcit ait exprim un doute sur la chance future de cet aronaute, notons que Louis Godard, au cours de son existence, accomplit 1362 ascensions sans accident grave.
C'est vraiment un record !

On trouvera la fin de ce chapitre la nomenclature des ascensions de montgolfires et d'arostats effectues Troyes et dans le dpartement de l'Aube, depuis l'anne 1783 1901.
Je me contenterai de donner ici quelques rcits de ces randonnes ariennes publies par les journaux locaux de cette poque.

Ascension 41 du Leviathan
7 juin 1860



Enfin il est parti le Lviathan , ce gant des airs ! 42
Il est parti au milieu des applaudissements et des bravos d'une foule immense venue de tous les points du dpartement. L'ascension remise plusieurs fois, par suite d'un temps contraire, avait t irrvocablement fixe au jeudi 7 juin, quatre heures du soir. Ds trois heures, la foule arrivait de tous les cts, et, en un instant, la place du champ de foire, les promenades depuis le canal jusqu'au Chteau-d'Eau 43 disparaissaient sous les flots sans cesse grossissants des curieux, les toits mme des maisons voisines taient couverts de monde.
Les rues de la ville taient compltement dsertes ; on et dit que la Cit elle-mme tait veuve de ses habitants.
Plus de 20.000 personnes stationnaient sur la place attendant avec une anxieuse impatience, le moment tant dsir.
Ceux que des devoirs imprieux retenaient au domicile navaient pas voulu tre privs d'un spectacle aussi important, ils taient monts dans leurs greniers et sur le toit de leurs maisons, tenant leurs regards fixs lu ct et o le ballon devait s'lever.
Les prparatifs du dpart furent longs, il tait six heures et rien nannonait encore quil fut prochain. Nous avouons que, lorsquil s'agit d'un voyage de ce genre, les moindres prcautions ne sont pas ngliger ; cependant, il faut le dire, on ne devait pas mettre quatre heures pour sept heures passes, aussi l'impatience clatait-elle de toutes parts.
Enfin, vers six heures, le ciel se dbarrassa compltement de nuages, le vent cessa tout coup de souffler. Les premiers apprts termins, le ballon commena se gonfler. A mesure qu'il s'arrondissait, lmotion du public allait en augmentant ; bientt il prit des proportions colossales.
Au bout d'une demi-heure, il prsentait une masse gigantesque aux regards merveills des spectateurs. Le moment solennel approchait, l'intrpide aronaute s'lance dans la nacelle, un amateur prend place ses cts, on dtache les cordes alors un frmissement involontaire court dans toute la foule, un cri part Lchez ! Aussitt, le Lviathan libre, s'lve majestueusement clans les airs, entranant, comme un aigle qui emporte sa proie, ses deux intrpides voyageurs balancs dans l'espace une hauteur de plus de 1 000 mtres, et qui, pour rpondre aux bravos qui les accompagnent, sment, du haut des airs, une pluie de petits drapeaux.
Les regards ne les quittrent que lorsqu'ils eurent disparu. Un quart d'heure aprs, ils opraient leur descente, sans le moindre accident, dans la proprit de M. Millire, Argentolles ( 4 kilomtres de la Ville).
A huit heures et demie, M. Godard venait prendre sa part du festival donn le soir mme la halle au bl 44.
M. Louis Godard, qui joint une intrpidit sans exemple, des connaissances profondes, est appel faire faire un grand pas une solution longtemps cherche : la direction des arostats. Nous ne doutons pas qu'il ne soit un jour, comme on l'a dit, le Fulton des airs .

Le 2 mai 1869, l'occasion d'une fte organise par le Comice Agricole de notre dpartement, l'aronaute Eugne 45 Godard, frre de Louis, s'leva dans un sphrique, place de l'Htel-de-Ville, Troyes.
Cette mme anne, Paris, le ministre de la Guerre met le Champ-de-Mars la disposition de l'aronaute Gaston Tissandier pour y effectuer des ascensions arostatiques au profit de M. Gustave Lambert 46 organisateur d'une expdition au ple Nord.
MM. Gaston Tissandier et Wilfrid de Fonvielle 47 se proposent de partir dans un immense arostat, le plus grand qui nait jamais t construit cette poque, et dont la capacit est de dix mille cinq cents mtres cubes. La nacelle doit pouvoir contenir dix passagers et emporter deux mille kilogs de lest.
Ce ballon, baptis Le Ple Nord , est en toile caoutchoute et sa surface, d'au moins 2 500 mtres carrs.
Le Ple Nord partit donc du Champ-de-Mars, le 27 juin 1869, pour aller atterrir Auneau (Eure-et-Loir).
Nous n'ignorons pas que Gaston Tissandier, la fois un savant minent et un aronaute remarquable, chappa la mort dans la catastrophe du Znith , alors que prirent asphyxis ses deux compagnons, Croc-Spinelli et Sivel.


Eugne Godard


Cet atterrissage dramatique eut lieu Ciron (Indre), exactement l'endroit que le ballon L'Aube survolera plus tard, lors de l'ascension de nuit des 13-14 juillet 1911.
Mais nous assisterons bientt de remarquables et mouvantes ascensions; je veux parler des dparts de ballons-poste Paris, pendant l'invasion allemande de 1870-1871. Leur souvenir doit tre encore bien prsent, je pense, la mmoire de nos compatriotes et notre dpartement est, coup sr, trs honor d'avoir accueilli et protg les hroques aronautes du sige de Paris qui atterrirent sur les territoires de l'Aube et de la Marne, alors occups par l'ennemi.

Les ballons-poste pendant linvasion allemande de 1870-71



Le gouvernement de la Dfense Nationale, pendant l'investissement de Paris, avait organis le service de la Poste par ballons libres. Ces arostats partaient avec un chargement de lettres et de dpches, ayant aussi bord une ou plusieurs cages de pigeons-voyageurs 48.
L'quipage du sphrique qui voguait ainsi au gr des vents, avait pour mission, aprs l'atterrissage, de regagner au plus tt et par tous les moyens, la ville situe en dehors de toute atteinte de l'ennemi, et dsigne pour centraliser le courrier.
Le retour des correspondances tait assur par les pigeons-voyageurs emports dans le ballon et qui rentraient Paris par la suite, nous verrons comment. On signale que 69 ballons-poste 49 quittrent la capitale ; quatre d'entre eux tombrent en territoire occup par l'ennemi ou en Allemagne, trois en Hollande, deux en Belgique, un en Norvge et deux furent perdus en mer.
Les lettres expdies taient de deux sortes et d'un papier lger spcial. Il y avait la lettre ordinaire dont les quatre pages pouvaient tre crites par l'envoyeur, et la lettre-journal qui comportait deux pages imprimes, relatant les vnements qui se droulaient l'intrieur de Paris, et deux autres pages, plus une colonne en premire page, rserves la correspondance prive. Ce journal pesait 3 grammes 50 c.
Pour tenir la capitale au courant de ce qui se passait dans l'ensemble du territoire, les journaux rdigeaient les faits divers sur des feuilles au format normal ; en outre, nos nationaux, par un questionnaire laconique et conventionnel que l'on imprimait galement, demandaient des nouvelles ou envoyaient des leurs aux parents prisonniers dans Paris investi, puis, au moyen de la photographie microscopique, toute cette rdaction tait reproduite sur des pellicules infiniment rduites et dont voici les dimensions exactes : 0 m. 05 c. de hauteur et 0 m. 03 c. de largeur.
On introduisait ensuite ces pellicules dans les pennes du plumage du pigeon, et l'oiseau de France regagnait Paris 50, tire d'ailes, apportant chacun la joie, la douleur ou l'esprance.
On rapporte qu'un certain nombre de ces volatiles furent victimes des balles ennemies ; honorons donc la mmoire des pigeons-voyageurs qui, pendant le sige de Paris et en service command, tombrent au Champ d'Honneur.
Quelques-uns de ces ballons atterrirent sur le territoire du dpartement de l'Aube, ou bien dans quelques communes du dpartement de la Marne, immdiatement en lisire du ntre.


Le journal Le Ballon-Poste du 17 novembre 1870.
Photo E. Guyot.


C'est d'abord Le Christophe-Colomb qui part, le 14 octobre 1870, de la gare d'Orlans Paris, 1 heure 15 du matin.
Il atterrit le jour mme, 5 heures du soir, Montpothier (Aube), prs de Villenauxe, avec un chargement de 400 kilogs de dpches et une cage contenant dix pigeons.
Pilote M. Albert Tissandier ; Passagers : MM. Ranc et Ferrand.

Le 12 novembre 1870, Le Daguerre , cubant 2 045 mtres cubes, part de la gare d'Orlans Paris, 9 heures 15 du matin; il est pilot par l'aronaute Jubert, accompagn de MM. Nobcourt, Pierron et son chien.
En survolant les lignes ennemies, l'arostat est cribl de balles par les Prussiens, ce qui l'oblige atterrir ; en touchant terre, une partie de son enveloppe recouvre le mur d'une ferme, Ferrires (Seine-et-Marne), au nord de la fort d'Armainvillers. L'quipage, poursuivi par des cavaliers allemands, est fait prisonnier.
Le ballon Niepce , 2 045 mtres cubes, qui s'leva dans la mme journe, 9 heures 20 du matin, fut tmoin des Pripties du drame qui se jouait au-dessous de lui, et ses passagers suivirent, avec angoisse, l'atterrissage mouvement du Daguerre .
Puis, continuant son voyage, le. Niepce atterrissait au nord de Coole (Marne), 3 heures 30 de l'aprs-midi. Il tait mont par l'aronaute Pagano, accompagn de MM. Dagron, photographe, Fernique, ingnieur, Poisot, artiste peintre et Gnocchi, prparateur.



Ces deux ballons avaient reu mission de M. Rampont, Directeur gnral des Postes a Paris, d'aller tablir en province un service de dpches photo-microscopiques.
L'odysse du ballon Niepce est remarquable et mrite d'tre rapporte.
Des leur arrive sur le territoire de Coole, les aronautes aviss de la prsence, proximit, des Prussiens, empruntent blouses et chapeaux aux paysans. Ils s'en vtent et le matriel est vivement charg sur deux voitures ; l'une d'elles a dj quitt les lieux, quand les soudards arrivant en toute hte, mettent en joue les nombreux habitants qui, dj, se sont groups au milieu de la plaine.
Le personnel du ballon s'tant joint eux ne peut, sous son dguisement, tre reconnu, et l'ennemi ne tire pas. Tandis que ces soldats s'intressent au sphrique encore demi gonfl, et le capturent, MM. Dagron, Poisot, Pagano et Gnocchi en profitent pour prendre la cl des champs, aussi, le hasard de la fuite les conduira-t-il Vsigneul (Marne), tandis que M. Fernique s'acheminera vers Coole et Dampierre (Aube) o il passera seul, vingt-quatre heures avant ses camarades qui ne le rejoindront plus.
L'une des deux voitures arrive sans encombre Vsigneul, lautre est confisque par les Prussiens. Grce l'obligeance du maire de Vsigneul, M. Songis, l'quipage est cach dans la ferme, et les papiers confis Mme Songis qui les dissimule dans l'une des poches de son vtement. Les bagages, amens par la voiture, sont placs dans la grange sous des hottes de paille, l'abri-de tous regards indiscrets.
Mais ce moment arrivent les Prussiens qui mettent la main sur une caisse qui n'a pu, temps, tre soustraite aux regards. Aussitt le dpart de l'ennemi, M. Songis emmne les aronautes Fontaine-sur-Coole, chez M. le Cur. Mais ce dernier, craignant de voir chaque instant apparatre les Prussiens, expdie ses htes par une porte drobe, non sans leur avoir remis une lettre les recommandant M. le Cur de Cernon. M. l'Abb Darcy, cur de cette commune, reoit les aronautes dix heures du soir. Ils sont extnus et dans un tat lamentable, aussi s'empresse-t-il, avec sa mre, de leur donner tous les soins que ncessite leur tat.
Alerte ! minuit, on frappe la porte ; ce sont des paysans qui apportent les bagages laisss Vsigneul et annoncent que les Prussiens sont aux trousses des fugitifs. Sans perdre de temps, M. l'Abb Darcy se voit oblig de les congdier, il les invite prendre la direction de Bussy-Lettre o ils arrivent le 13, cinq heures du matin, tous transis de froid, n'ayant sur le dos, comme vtement, qu'une simple blouse.


Partie du journal Le Ballon-Poste
du 17 novembre 1870,
signalant le dpart du Niepce et celui du Daguerre .


M. le Cur de Cernon, les recommandant son tour l'instituteur M. Varnier, celui-ci les reoit chaleureusement, allume un bon feu, leur sert djeuner et fait prparer une voiture pour gagner Sompuis. Ils partent, passent dans cette localit, puis au Meix Tiercelin et Saint-Ouen, pour arriver dans le dpartement de l'Aube, Dampierre, o ils sont hbergs par M. Mosment qui leur procure un conducteur avec un laissez-passer pour transport de vins. On place le matriel l'intrieur de tonneaux vides, et en route pour Nogent-sur-Aube.
Pans ce pays, le docteur Bertrand les reoit bras ouverts et les recommande au Prfet de l'Aube, M. Lignier, alors habitant Pougy. On les engage passer par Vendeuvre-sur-Barse, mais en apprenant que l'ennemi rquisitionne, dans cette bourgade, chevaux et voitures, il est dcid que l'on gagnera Arcis-sur-Aube, o nos voyageurs arrivent aprs avoir plac tout leur matriel, pour plus de sret, dans un petit village voisin.
A Arcis-sur-Aube, le pays est occup par l'ennemi ; descendant l'Htel de la Poste, les illustres aronautes se trouvent au milieu d'officiers prussiens. Trs crnement, ils prennent place avec eux, la table d'hte, puis dans la nuit, leur matriel est replac dans des caisses, et, 4 heures du matin, le 14, notre troupe s'achemine vers Troyes.
Arriv dans cette ville, l'quipage du Niepce prouve de grandes difficults pour se procurer chevaux et voitures, aussi est-ce M. Joffroy, un honorable commerant de notre ville, qui va les dbrouiller.
C'est le 17, trois heures du matin, que nos intrpides voyageurs quittent la ville de Troyes en direction d'Auxerre, via Saint-Florentin. Mais leur passage Avrolles, ils sont immobiliss par les Prussiens qui visitent une de leurs voitures et s'accaparent d'une partie de leur prcieux matriel.
Les hroques aronautes se rfugient dans une ferme. On les recherche pour les fusiller, ils s'vadent, gagnent une auberge, mais, noys dans la grande affluence des consommateurs, la police prussienne perd leur trace et ne les retrouve pas.
Ils partent dans la nuit et arrivent enfin aux lignes franaises Mont-Saint-Sulpice, puis Seignelay.
Victimes d'une mauvaise recommandation de la part des autorits franaises, s'il vous plat ! Qui doutaient que ces hommes eussent pu traverser, sans grand dommage, tous ces territoires occups par l'ennemi, on les conduisit sous bonne escorte au Prfet d'Auxerre. Ce haut fonctionnaire ayant t avis de leur arrive par le Prfet de l'Aube, les dirigea cette fois sur Tours o les rclamait, d'urgence, le ministre Gambetta.
Cet homme d'Etat avait quitt Paris, en compagnie de Spller, le 7 octobre 1870, 11 heures du matin, bord de L'Armand-Barbs . Pilot par Trichet, ce ballon faisait, 3 heures un quart du soir, un atterrissage mouvement Epineuse (Oise), ayant bord, outre ses passagers, 100 kilogs de dpches et 16 pigeons-voyageurs.
C'est le 21 novembre, 8 heures du matin, que le glorieux quipage du Niepce parvint Tours, y retrouvant M. Fernique, arriv seul, le 18.
Avec une indicible motion, je salue la mmoire de ces braves.
Grce Dieu, et s'il le faut, nous trouverons encore de ces audacieux sur la terre de France.
Honneur soit au ballon Niepce .
Le 18 dcembre 1870, le ballon Parmentier , cubant 2 045 mtres, parti de la gare d'Orlans Paris, dans la nuit du 17 au 18, 1 heure 20 du matin, atterrit Gourganon (Marne), dans la matine., vers 9 heures.
Il porte bord 160 kilogs de dpches et 4 pigeons. Pilote : le marin Louis Paul. Passagers : MM. Lepre et Desdouet.
Dans la mme journe, le Guttenberg , 2 045 mtres, qui s'est lev de la gare d'Orlans Paris, cinq minutes aprs le dpart du Parmentier , se pose, vers 9 heures un quart du matin, l'Ouest de Montpreux (Marne). Ce ballon est pilot par M. Perruchon, accompagn de trois passagers : MM. Lvy, Louisy et Charles d'Almeida. Six sacs de dpches, six pigeons-voyageurs ainsi que les appareils ncessaires pour la photographie microscopique, sont bord.

La plupart des membres de ces quipages, dont M. Charles d'Almeida, se rendent Plancy (Aube), par Salon et Champfleury, et c'est le maire; M. Alexandre Petit 51, qui reoit les aronautes.
Le matriel transport par ces ballons est dirig sur Troyes pendant la nuit, et le Directeur des Postes de cette ville fait charger, sur une diligence, les cages renfermant les pigeons ainsi que les appareils photographiques, puis, le convoi s'achemine vers Moulins par Chaource, Tonnerre, Clamecy et Nevers.
A Tonnerre 52 la voiture, sur laquelle se trouvent les appareils et les pigeons, est arrte par un dtachement de Prussiens. Le conducteur craint, tout moment, d'tre dnonc par le bruit des pigeons qui s'battent dans leur cage ; il se croit perdu la pense que sa voiture va tre visite, quand, par bonheur, survient un ordre pressant enjoignant cette troupe de rejoindre la hte le gros de l'arme prussienne. Notre conducteur est donc sauv, et la voiture peut continuer sa route et arriver, sans incident, Moulins 53 qui n'est pas occup par l'ennemi.
Un autre ballon Le Duquesne , 2 045 mtres, s'lve de Paris, le 9 janvier 1871, 3 heures 15 du matin. Il est pilot par le quartier-matre de la marine Richard, accompagn des matelots Lallemagne, Aymond et Chemin, dtachs du fort d'Ivry ; en outre, il emporte 150 kilogs de dpches et quatre pigeons.
C'est Puisieulx (Marne), proximit de la ferme Saint-Jean, qu'il atterrit dans cette mme journe, 3 heures de l'aprs-midi.
Ce sphrique offre cette particularit qu'il est dot d'hlices. Les aronautes pensaient sans doute, par ce moyen, donner une propulsion et une direction convenables au ballon, puisqu'ils se proposaient, au dpart, de gagner la Suisse !
Non seulement cette tentative choue, mais les hlices gnent beaucoup plus l'quipage dans leur voyage, qu'elles ne leur sont utiles, si bien qu' l'atterrissage, elles se prennent dans les branches des arbres, font basculer le systme et occasionnent de graves ennuis au personnel du Duquesne .
Cette mission doit gagner le Centre de la France, ce qui l'oblige traverser, avec prudence, une grande partie du dpartement de la Marne, puis le ntre qu'elle atteint, aux environs de Mailly.
Pendant le sige le Metz, en 1870, des montgolfires emportent des paquets de dpches dnommes : Papillon de Metz .
Chaque montgolfire, de moyenne grandeur, est leste de ces messages. L'une d'elles tomba Neufchtau, le 17 septembre 1870. Elle contenait, entre autres, une dpche intressant la famille de Mme Do dont le mari, M. Do 54 fut Conservateur des Eaux et Forts de notre dpartement.
A remarquer que le Papillon de Metz ci-dessus, ne comporte qu'une mince feuille de papier trs lger et presque transparent, si bien que la montgolfire pouvait transporter une grande quantit de ces dpches.
Et pour conclure, qu'il me soit permis d'exalter les vertus hroques des aronautes du sige de Paris ; n'ont-ils pas tous acquis un droit imprescriptible notre reconnaissance. Certes, ils ont bien mrit de la Patrie.

Le premier pilote aronaute troyen



Depuis plusieurs annes, M. Jules Dubois, dont le pre tait propritaire de l'Etablissement Aux Trois Soleils 55, intressait la population troyenne, par des dparts assez frquents de montgolfires.
Le 12 mai 1878, l'occasion d'une fte champtre donne dans la proprit de M. Chreau, conseiller municipal, Jules Dubois fit partir une jolie montgolfire de sa construction. L'arostat, pavois de flammes multicolores, s'leva illumin par de nombreux feux de bengale et au milieu du ravissement gnral.
Mais le dimanche 22 septembre 1878, Jules Dubois dcidait de partir seul bord d'un arostat et voici la relation que donne le journal L'Aube , de cette mmorable ascension.
Le mail Saint-Nicolas, ds deux heures de l'aprs-midi, tait envahi. Les courses de vlocipdes commencrent pendant que l'on gonflait limmense ballon Le Mistral.
A six heures, Le Mistral tait prt partir. Il oscillait majestueusement sur la place. M. Dubois avait annonc qu'il monterait dans ce ballon et le manuvrerait ; on y croyait peine. Ou pensait qu'il se ferait accompagner, tout au moins, d'un aronaute parisien. Il n'en a rien t. A six heures dix minutes, au milieu de l'motion gnrale, M. Dubois monta dans la nacelle, et le gigantesque arostat s'leva lentement dans les airs. A sept heures et demie arrivait Troyes la dpche suivante :

Voyage excellent. Descente Payus. Atterrissage trs doux. Jarrive 10 heures 30 ce soir.

Dubois fils


Cette ascension fait le plus grand honneur au jeune et intrpide aronaute. C'tait, assure-t-on, la premire ascension qu'il excutait. Il avait tout organis avec beaucoup d'intelligence.
A 10 h 30, la musique est alle le recevoir la gare, on l'a reconduit aux flambeaux jusqu'au Casino o la socit rcrative donnait un bal.
La retraite aux flambeaux a travers la rue du Beffroy, la place de la Bonneterie, la rue Notre-Dame, la place de lHtel-de-Ville, la rue de la Rpublique et sest termine devant le Casino o elle joua La Marseillaise .

Le 24 aot 1879, sur le mail Saint-Nicolas, a lieu le gonflement du ballon La Vidouvillaise construit par Jules Dubois. Mais un accident tant survenu au cours du gonflement, il ne part pas. Le dpart eut lieu le dimanche suivant 56, 9 heures du soir, le ballon emportait de nouveau M. Jules Dubois qui atterrit proximit de la ville aprs avoir pass de justesse au-dessus de la tour Saint-Pierre.
Au 14 juillet 1880 57, Troyes, dans la cour de la caserne, a lieu le dpart d'un ballon ; d'autre part, une montgolfire pavoise aux couleurs nationales, s'lve rue Franois-Gentil.
Le 19 mai 1884, le ballon Ville de Bar-sur-Aube part de cette ville pilot par M. Brissonnet. Voici le rcit adress, par l'aronaute, au directeur du journal de Bar-sur-Aube.

Je prends la libert de vous transmettre un petit compte-rendu du voyage arien que j'ai eu l'honneur d'excuter dans votre ville.
D'abord, permettez-moi de remercier la population du gnreux accueil qu'elle m'a fait ; j'y ai retrouv la mme sympathie, pour les aronautes, qu'au mois de septembre 1881.
Le gonflement, commenc deux heures, fut termin vers 5 heures et demie dans dexcellentes conditions.
A 5 heures 30, le lchez-tout se fit avec une force ascensionnelle de 20 kilogs, et 60 kilogs de lest en rserve.
Un premier courant me porte vers l'ouest, puis un second me ramne au nord. 5 heures 40, aprs avoir franchi le ruisseau de la Bresse, je monte 1 000 mtres d'o je dcouvre une paisse nue vers le S.-E. et qui se dirige vers moi. 5 heures 43 : 1.100 mtres, 13. Au-dessus du bois de la terre d'Assert, un sillon lectrique dchire les nuages. 5 heures 48 : 1 500 mtres, 12. Sur la fort de Courtgrain, une Igre brume commence obscurcir Bar-sur-Aube, le grondement du tonnerre se fait entendre.
A 5 heures 52 : 2 500 mtres, 150. Le thermomtre monte, la chaleur dilate le gaz et me voil parti pour les hautes rgions ; les bois sont franchis entre Lvigny et Vernonvilliers, le gaz de l'arostat se change en vapeur. 5 heures 56 : 2 100 mtres, 18. Malgr mes prvisions, l'orage se rapproche. Aprs avoir franchi les bois de Ville-sur-Terre, je traverse la route de Brienne Doulevant, prs de la ferme Saint-Victor. 6 heures, sur la fort de Soulaines dont, la fracheur me fait redescendre 1 900 mtres, 15, le gaz redevient fluide, le vent est au S.-S.-E. 6 heures 04 : 1 300 mtres, la nue se charge d'lectricit, c'est une suite dclairs et de coups de tonnerre, la grle et la pluie tombent sur le ballon en imitant le bruit d'une fusillade. Le ballon tourne ; esprant descendre avant la tourmente, je tire la soupape. 6 heures 05 : 800 mtres. Je survole l'tang de La Motte, dans les bois d'Humgnil. 6 heures 10 : 300 mtres. Prs d'Epothmont, l'orage prend l'arostat dans un tourbillon, et un vent furieux le jette sur les bois de Remy-Mesnil. Malgr le jet de deux sacs de lest, je suis projet sur les arbres, l'ancre s'accroche leur cime, brise les branches ; je retombe dans une clairire aprs plusieurs chocs furibonds ; je m'arrte environ quelques secondes, puis un nouveau coup de vent menlve de nouveau sur un autre taillis. Enfin, la plaine est devant moi. J'espre m'y arrter. Mais non ! Aprs un tranage de prs de deux kilomtres, je suis prcipit dans la noue d'Armance, petit ruisseau grossi par les pluies o je reste pendant 15 minutes, l'eau jusqu'aux aisselles et par une pluie diluvienne.
Enfin, un jeune homme d'Epothmont, M. Joseph Petit, vint me retirer de ce bain forc, 6 heures 40. Il attacha la corde dancre un gros peuplier et je pus alors sortir de la nacelle forte contusionn. Nous commenmes dgonfler le ballon et, aids par les personnes prsentes arivant de tous cts, le matriel fut pli et ramen Epothmont.
A 9 heures 30, je prenais le train Valentigny, et 11 heures, je dbarquais Bar-sur-Aube, trs fatigu mais sans blessures. La descente sopra sur le territoire de Louze, aux confins de lAube et de la Haute-Marne.

E. A. Brissonnet fils,
Aronaute.


Chlons Capitale Est Champagne, champ dexprimentation des premiers Ballons militaires de France.

L'un des aronautes du Ple Nord , M. Wilfrid de Fonvielle, accomplit Troyes une ascension, bord du Bolide , le 14 juillet 1885.
Cet homme de science, doubl d'un publiciste remarquable, crivit de nombreux ouvrages scientifiques 58 et s'intressa, d'une faon trs active, l'arostation qu'il entendait vulgariser par ses nombreux travaux et aussi par des expriences qu'il effectuait bord des arostats.
Et la ville de Troyes peut tre trs honore d'avoir accueilli ce grand savant, cet illustre aronaute, au 14 juillet 1885.
Ce jour-l, les journaux annonaient que d'importantes expriences, organises par les soins de l'Acadmie d'arostation et de mtorologie de Paris, seraient ralises de 3 heures 5 heures, bord d'un ballon captif, sur le boulevard Victor-Hugo que l'on inaugurait au lieu et place du mail Saint-Nicolas.
Mais, par suite d'un fort grain annonc venant du Nord, les expriences furent supprimes alors que le vent commenait s'lever, et le Bolide prit librement son essor 4 heures 05, emportant MM. Wilfrid de Fonvielle, Thibaut et le docteur Deneuve.
Le Petit Troyen , encore bien jeune cette poque, publia, de cette ascension, le rcit suivant rapport par l'un des aronautes.

L'arostat s'lve lentement pouss par un vent W. tin tourbillon nous et rabattu sur le sol, sans le jet de deux sacs de lest ; 4 heures 35, nous atteignons l'altitude de 3 700 mtres. Nous apercevons la pluie dans la direction de la fort de Chaource et de gros nuages chargs d'lectricit nous font redouter un orage qui ne se dclare pas.
La descente s'effectue 5 heures 20 entre Rouilly-Saint-Loup et Rouillerot, facilite par le concours d'une population bienveillante. Au cours de l'ascension, nous avons lanc des pigeons appartenant un colombophile havrais, et la descente, nous lchons ceux du colombier de MM. Guillard et Defraignes, de Troyes.
Plusieurs personnes qui avaient eu lheureuse pense daccompagner le ballon, nous offrirent une place dans leur voiture et notre retour seffectua, dune faon charmante en leur socit.

Une tentative de fondation de socit aronautique a lieu Troyes, au cours de l'anne 1887. M. P. Delorme, 51, rue du Temple, Troyes, lance ce sujet plusieurs appels dans la presse, mais ses efforts ne sont pas couronns de succs.
A Bar-sur-Aube, le 6 avril 1890, s'lve une montgolfire La Vaillante , sous la direction de M. Henri Lecomte, capitaine d'arostation. Le gonflement de l'arostat s'opre dans la cour de l'usine de M. E. Lambert, ingnieur-mcanicien, au moyen d'un feu de sarments trs secs (ne sommes-nous pas au pays du Champagne ?) brlant dans un four de briques construit cet effet.
A quatre heures, la montgolfire s'lve majestueusement emportant le jeune aronaute. La descente se fait, vingt minutes plus tard, sur un terrain dpendant de la ferme Moslin, lieudit Dardenne , proximit de la route de Chaumont.
Au 14 juillet 1892, sur le boulevard Danton, Troyes, c'est le dpart du ballon Le Danton , 1 000 mtres cubes, que pilote M. Juste Camelin, de Paris, accompagn de M. Louis Nopper qui reoit, en ce jour, le baptme de l'air.
L'assistance est nombreuse, et Le Danton s'lve 5 h 45 pour atterrir, 7 heures 10, au sud de Longpr, en lisire de la fort de Bossican.
Des pigeons-voyageurs du colombier Linart 59, emmens par les aronautes, furent lchs au cours de ce voyage.
L'ascension du Louet, au 14 juillet 1901, terminera cette premire priode de l'arostation, aussi, allons-nous maintenant assister Troyes, la naissance du Club aronautique de l'Aube.

Etat des ascensions
(Montgolfires et Arostats)
effectues dans le dpartement de lAube de 1783 1901


3 mars 1784 Deux montgolfires slvent Troyes ; lune atterrit dans les fosss prs des moulins de La Tour, lautre, Argentolles.
2 avril 1784 Une montgolfire part de Troyes, elle atterrit au parc du Chteau des Cours.
4 avril 1784 Trois arostats partent de Troyesn atterrissage 4 kilomtres de leur point de dpart.
20 prairial 60 Une montgolfire slve Troyes, sur le Boulongrin , loccasion dune crmonie consacre lEtre Suprme.
24 octobre 1830 Ascension Troyes dun ballon avec descente danimaux soutenus par un parapluie parachute.
24 septembre 1851 Le ballon Le Majestueux , pilote, Aubert, part de Chlons-sur-Marne et atterrit tragiquement sur le finage du Villy-le-Bois (Aube).
26 mars 1854 Dpart dune montgolfire pilote par Louis Godard ; atterrissage sur les arbres du faubourg Croncels.
2 avril 1854 Le ballon LAigle , pilote Louis Godard, slve de lUsine Gaz, 4 heures 30 de laprs-midi ; ce ballon est quip dun parachute.
9 avril 1854 Dpat du balIon L'Hirondelle, pilote Louis Godard, accompagn d'un troyen, M. Dereins. Le ballon passe au-dessus de l'glise de Sainte-Madeleine, 2 600 mtres, et atterrit, aprs avoir tenu lair pendant cinquante minutes, entre Chevillles et Laines-aux-Bois, sur un chemin longeant la proprit de. M. Corrard de Brban.
30 aot 1858 A Nogent-sur-Seine, dpart d'un grand ballon mont, sur la digue.
7 juin 1860 Acension du ballon Le Lviathan , l'occasion de la grande exposition de Troyes. Pilote : Louis Godard. Atterrissage Argentolles.
2 mai 1869 Un ballon pilot par Eugne Godard, s'lve de la place de l'Htel-de-Ville, Troyes.
7 mai 1869 Un ballon, en gonflement Bar-sur-Aube, sous la direction de Louis Godard, ne peut partir, par suite de la pnurie de gaz.
13 aot 1876 Le ballon Le Mistral, pilot par Mme Goudesonne, part de Troyes.
13 aot 1876 Dpart de deux ballons, Arcis-sur-Aube, l'occasion de l'inauguration de l'Usine Gaz.
27 aot 1876 Le ballon L'Avenir , pilote Karli, part de Troyes, aprs que ce gymnasiarque et excut divers exercices acrobatiques sur un trapze suspendu 20 mtres au-dessous du ballon et sans nacelle.
18, 19, 20 mai 1877 Un ballon captif s'lve Bar-sur-Aube, avec exercices acrobatiques, trapze et descentes en parachute.
18 mai 1878 Une montgolfire part de Troyes, dans la proprit de M. Chreau.
22 septembre 1878 Dpart du, ballon Le Mistral , pilot par M. Jules Dubois, le premier aronaute aubois, atterrissage Payns.
31 aot 1879 Le ballon La Vidouvillaise part de Troyes 9 heures du soir, atterrit aux environs de la ville. Pilote : Jules Dubois.
30 mai 1880 A Bar-sur-Seine, dpart dune superbe montgolfire Le Gant .
12 septembre 1881 Le ballon Ville de Bar-sur-Aube part de cette ville et atterrit i Andelot (Haute-Marne). Pilole : Brissonnet.
23 septembre 1883 A Vendeuvre-sur-Barse et l'occasion du concours de la Socit d'Encouragement l'agriculture, dpart de deux montgolfires.
19 mai 1884 Le ballon Ville de Bar-sur-Aube pilot par Wilfrid de Fonvielle, accompagn de MM. Thibaut et du docteur Deneuve, part de Troyes et atterrit entre Rouilly-Saint-Loup et Rouillerot (Aube).
26 juin 1887 Ascension d'un ballon captif prs de Troyes, la fte de la Vacherie, organise par MM. Hugot et Gnevois.
14 juillet 1887 A Bar-sur-Aube, ascension d'un ballon cubant 570 mtres, mont par MM. Rat et Clerc, membres d'une Socit Aronautique de Paris L'Etoile polaire . L'atterrissage eut lieu au del de Colombey-les-Deux-Eglises.
14 juillet 1887 Une montgolfire, en gonflement Cunfin, prend feu au moment du dpart.
19 septembre 1887 Lors d'un important concours agricole Vendeuvre-sur-Barse, a lieu le dpart d'une magnifique montgolfire, sous la direction de l'aronaute Henri Lecomte, du Raincy, assist d'un jeune dbutant dans l'arostation, E. Lassagne, le futur constructeur du premier ballon L'Aube.
14 Juillet 1888 Le ballon Ville de Troyes pilot par Gabriel Chreau, Vice-Prsident de lEcole nationale d'arostation Paris, accompagn de son frre et de M. Auger, de Sainte-Savine, part de Troyes et atterrit finage de Torvilliers, lieudit Le Vicaire , avant le passage niveau. Des pigeons-voyageurs appartenant M. Balsire, du Messager Troyen , sont Ichs au cours de cette ascension.
14 juillet 1889 Le ballon Ville de Troyes pilot par Gabriel Chreau, accompagn de Mme Manotte, part de Troyes et atterrit Valentigny (Aube).
6 avril 1890 Ascension de la montgolfire La Vaillante monte par un jeune aronaute. Elle part de Bar-sur-Aube et atterrit sur le finage de cette ville, proximit de la ferme Moslin.
7 avril 1890 A Nogent-sur-Seine, ascension de la montgolfire La. Vaillante, monte par un officier, et sous la direction de M. Henri Lecomte du Raincy. A 500 mtres d'altitude, simulacre de bombardement de la ville et descente en parachute.
25 mai 1890 Gonflement du ballon Ville des Rieys par l'aronaute Clment, dans la cour de M. L. Maison, serrurier. Il emmne deux passagers.
4 aot 1890 Dpart Troyes, 7 heures du soir, du ballon Ville de Troyes . Ce sphrique est pilot par Gaudron, accompagn de M. Lucien Payn, de Sainte-Savine. A l'atterrissage, Menois, finage de Rouilly-Saint-Loup, le pilote ne dgonfle pas immdiatement le ballon, ce qui lui permet de faire plusieurs ascensions captives et de donner quelques baptmes de l'air aux habitants de l'endroit.
8 mai 1892 A Romilly-sur-Seine, place Solfrino, dpart d'une montgolfire, L'Avant-Courrier , monte par M. Coraux, aronaute de la Ville d'Epernay.
14 juillet 1892 Ascension du ballon Le Danton. Pilote Camelin, accompagn d'un passager, M. Louis Nopper. Dpart de Troyes et atterrissage Longpr-le-Sec (Aube).
14 juillet 1893 Ascension du ballon Ville de Troyes. Pilote : Edouard Chreau. Passagers : MM. Darly et Huchard. Dpart de Troyes et atterrissage Vanlay (Aube).
15 avril 1894 Dpart de trois petites montgolfires la fte de La Patriote, au vlodrome troyen.
14 juillet 1895 Un ballon est en gonflement sur le boulevard Victor-Hugo, sous Ia direction du pilote Camelin. Par suite d'un violent coup de vent, le ballon est dchir et ne peut prendre le dpart.
14 juillet 1896 A quatre heures de l'aprs-midi, place Carnot, Bar-sur-Aube, a lieu le dpart du ballon Ville de Bar-sur-Aube pilot par Justin Balzon, aronaute-colombophile. Atterrissage Chervey (Aube).
10 septembre 1899 Dpart de montgolfire, Bar-sur-Aube, place Carnot.
15 juillet 1900 Ascension du ballon L'Etoile pilot par E. Lassagne. Passagers : Mme E. Lassagne et Georges Munerot, de Paris. Dpart du vlodrome de Troyes, 4 heures. L'atterrissage eut lieu 5 heures un quart, sur la route de Paris, aux environs du champ de tir des Marots. Le ballon Etoile , gonfl boulevard Victor-Hugo, fut conduit au Vlodrome, avec assez de difficults, par une section de chasseurs pied, en passant par le faubourg Croncels et la route d'Auxerre.
14 juillet 1901 Ascension d'un ballon cubant 800 mtres. Pilote : Louet, lieutenant de Gnie. Passager : M. Jacoillot, de Troyes. Dpart de Troyes 6 heures 05. Atterrissage Saint-Thibault (Aube).


Le club aronautique de laube
Premier cycle : de 1901 1906


Depuis quelque temps dj, un ancien arostier militaire de Chalais-Meudon, Louis Nopper, brlait du dsir de crer dans la Ville de Troyes une socit d'arostation.
Aprs quelques tentatives infructueuses, il russit, en 1901, grouper un noyau de jeunes hommes sympathisant cette ide, et le premier septembre de cette anne, le Club aronautique de l'Aube est fond sous la prsidence 61 de M. Ley James, industriel Saint-Andr.
Ds le dbut, l'activit de cette nouvelle Socit est remarquable. On dcide l'institution de cours techniques sur l'arostation, avec pures de ballons. La construction de ballonnets, de mme que l'enseignement de la mtorologie sont galement envisags.
Le 13 juillet 1902, le premier ballon L'Aube construit par l'ingnieur-aronaute E. Lassagne 62 Palaiseau, arrive en gare de Troyes et participe le lendemain la premire ascension du C.A.A. Le matriel du Club se Compose de deux sphriques :

L'AUBE et le TITI


1) L'AUBE 63 - Ses caractristiques
Ballon en toffe colon verni.
Capacit 1 000 m3
Diamtre 12,40 m
Poids (enveloppe, filet, nacelle, agrs. etc.) 300 kgs
Passagers (poids approximatif) 280 kg
Lest bord (poids approximatif) 145 kg
Force ascensionnelle (approximative) 725 kg


2) LE TITI - Ses caractristiques
Ballon en toffe colon verni.
Capacit 470 m3
Diamtre 9,70 m
Poids (enveloppe, filet, nacelle, agrs. etc.) 120 kgs
Passagers (poids approximatif) 80 kg
Lest bord (poids approximatif) 110 kg
Force ascensionnelle (approximative) 310 kg


Tout ce matriel est runi clans un btiment dpendant de la proprit de M. Ley James, rue Thiers, Saint-Andr. Mais cet emplacement est par trop exigu ; d'autre part, M. Ley James a des exigences de location immodres, aussi l'vacuerons-nous vers janvier 1904, pour nous rfugier 49 rue de Gournay, Troyes, dans le chantier appartenant M. Andr Vital, membre du C.A.A. Ce dernier met gracieusement, la disposition du Club, un vaste hangar en attendant que soient construits au mme endroit, les locaux ncessaires pour abriter dignement les ballons et leurs agrs, ce qui permettra deffectuer les manuvres indispensables l'entretien de ce matriel.
Aprs les diffrents flottements inhrents la fondation de la Socit (dmissions et adhsions nouvelles), il convient, pour fixer un point d'Histoire, de citer les noms des vingt membres actifs inscrits en 1903 et qui forment le contingent dfinitif que stait impos le Club aronautique de lAube.

Ce sont messieurs :

BABLON Lucien
BERNODAT Paul
BOIVIN Albert
CARPENTIER Michel
CLEVY Alphonse
DARSONVAL Lon
FINOT Charles
GARAUDEL Louis
GERARD Hneri
JACQUOT Lucien
JOANNETON Henry
LEMAIRE Xavier
MARTINI Ren
NOPPER Louis
PANNETIER Paul
PROTAT Henri
RAGON Ernest
VINCENT Flix
VINCENT Georges
VITAL Andr


Le bulletin annuel du Club, qui ne parait que pendant dix annes, donne, dans son premier numro de 1904, la nomenclature des sept premires ascensions accomplies Troyes, par le ballon L'Aube , et qui s'chelonnent sur trois annes, de 1902 1904 inclusivement. Elles remportrent un grand succs.
Le Club aronautique de l'Aube avait ainsi accompli, en pleine priode d'organisation, un gros effort, aid en cela par les modestes ressources dont il disposait cette poque, et surtout par la gnrosit de quelques-uns de ses membres.
Qu'il me soit donn d'ouvrir ici une large parenthse pour affirmer qu'un Club aronautique se classe parmi les Socits qui rclament de ses membres, non seulement une grande abngation d'eux-mmes, mais un maximum de sacrifices pcuniaires. Ainsi, l'achat et l'entretien du matriel d'arostation, la location de vastes remises, les frais inhrents aux dparts de sphriques, l'organisation de cours, de ftes, de meetings, souvent dficitaires, l'acquisition d'avions, la construction de hangars, que sais-je encore, furent toujours une lourde charge pour l'Association ; c'est si vrai, que le budget de l'Aro-Club est, de nos jours, plus forte raison avec l'aviation, trs obr. -Que faire cela ? Je n'entrevois gure de solution, sinon de continuer, comme par le pass, une intense propagande aronautique avec l'espoir de voir les adhsions de Membres de toutes catgories affluer nombreuses dans notre Association, ce qui permettrait de parachever toutes les institutions envisages par l'Aro-Club et de faciliter notamment l'achat de nouveaux avions de tourisme, dont Le Prsident Joanneton, appareils si indispensables pour la formation de nouveaux pilotes.
Souhaitons galement que la Ville de Troyes, comprenant le rle que l'aviation marchande et de tourisme est appele jouer dans l'avenir, procde bientt l'installation dfinitive de sa gare arienne.
En cette anne 1904, M. Henry Joanneton, Ingnieur E.C.P., est port la Prsidence qu'il conservera pendant trente ans.
C'est aussi en 1904, que le Club Aronautique de l'Aube demande et obtient son affiliation l'Aro-Club de France, Paris. A ce titre, on doit le classer comme l'une des cinq premires socits de France qui vinrent se grouper autour de la plus puissante institution aronautique de notre pays.
Je citerai, avec le Club Aronautique de l'Aube la Socit de Navigation Arienne Paris, l'Acadmie Aronautique de France Paris, l'Aro-Club du Sud-Ouest Bordeaux et l'Aronautique-Club de France Paris.
Si la prsence de M. Joanneton au Club en rehaussait le prestige, il convient galement de se louer d'avoir eu dans nos rangs, ds l'anne 1903, comme membre honoraire, M. le Commandant Driant 64 alors la tte du 1er bataillon de chasseurs pied, en garnison Troyes.

Le 24 avril 1904, ce valeureux soldat partait de Troyes bord du ballon L'Aube qui, aprs deux heures et demie de voyage, allait atterrir Ancy-le-Libre (Yonne).
Au souvenir du Commandant Driant, l'motion me gagne ; comment pourrais-je oublier ce chef, dont la bont pour ses soldats tait lgendaire, lui qui me guida pour obtenir, par dcision ministrielle, mon incorporation au 25e bataillon d'arostiers Versailles.
Ainsi, pour la premire fois, le Club Aronautique de l'Aube, en 1904, l'un de ses membres aux arostiers militaires.

Afin de montrer quel intrt le Commandant Driant portait aux travaux du Club Aronautique de l'Aube, je dois mentionner succinctement l'une des causeries si intressantes qu'il faisait priodiquement, au sein de notre Association, avec sa comptence et sa prcision habituelles.
Celle-ci a lieu le 9 octobre 1904, jour consacr linauguration de notre nouveau parc, rue de Gournay, Troyes, en prsence des autorits civiles et militaires de notre ville.
Le Prsident du Club, M. Joanneton, fait dabord un expos des travaux accomplis par la Socit depuis sa fondation, puis le Commandant Driant, dans une magistrale et prophtique confrence sur laronautique, sexprime ainsi :


(Clich Tribune de lAube)
Le Commandant Driant


Messieurs, dit-il, lorsque dans une cinquantaine dannes nous aurons Troyes, comme ailleurs, une gare de ballons, des dparts priodiques, une administration arostatique formaliste et tatillonne, car on peut changer la manire de voyager, mais on ne change pas les murs ; lorsque tout le monde sera bien convaincu quon peut voler en lair comme on roule aujourdhui sur deux rails dacier, alors on aura un haussement dpaules pour ces pauvres Clubs arostatiques qui conviaient le public venir voir slever dans lair un ballon rond, caprice du vent. A cela ne joignaient-ils pas loutrecuidance de convoquer leurs concitoyens dans des runions, comme celle-ci, pour entendre parler dune science dans lenfance, dun sport qui sort peine de ses langes, dun mode de transport qui, proprement parler, nexiste pas, car le premier omnibus arien, celui de Santos Dumont, na pas encore fait ses essais linstant o je parle. Et pourtant tout progrs commence ainsi, car, quand Cugnol faisait du six lheure dans sa premire voiture vapeur, on ne souponnait gure que des locomotives feraient du 200.
Lorsque Daguerre, aprs une heure de pose, dcouvrait une silhouette dessine par la Iumire sur une plaque d'argent, sensibilise l'iode, il ne prvoyait pas lui-mme que l'instantan d'aujourd'hui saisirait au passage la trace dune balle ou le vol d'une hirondelle.
Quand enfin, le Franais Lesage, avec ses 24 fils conducteurs affects chacun une lettre de l'alphabet, transmettait, Genve sa premire dpche par tlgraphie lectrique, il tait loin de supposer qu'un jour viendrait, o le courant mystrieux franchirait l'espace, sans au envie espce de fil, pour porter la pense humaine du vieux continent jusqu'au nouveau.
Ainsi en sera-t-il certainement de la dcouverte de Montgolfier.
Ensuite, le Commandant Driant dveloppe son sujet, s'tend longuement sur l'arostation militaire, indiquant les quatre principales conditions raliser pour la construction d'un dirigeable : La stabilit longitudinale, la permanence de la forme, la solidarit absolue du ballon et de la nacelle, et l'assurance absolue contre l'incendie. Puis il aborde l'aviation, en passant par l'orthoptre et l'hlicoptre et donne cette description de l'aroplane :

Cet engin, ajoute-t-il, rentre dans la srie des plus lourds que lair. Son objet est dimiter le vol plan, au moyen de surfaces planes, lgrement inclines sur lhorizon et animes dans leur ensemble dun mouvement en propulsion horizontal, comme celui dun oiseau planant.
Laronautique, continue le Commandant Driant, bouleversera le monde. Transports rapides, suppression des distances, des frontires, des barrires douanires, exploration complte de notre globe, accession des les, etc.
Cette science, dont on ne possde quune faible esquisse, ne progressera pas, tant que la mcanique daujourdhui sera o elle en est, cest--dire tant que les aviateurs monts sur un engin plus lourd que lair seront la merci dun boulon qui casse, dune bielle qui se fausse, dune aile qui cesse de battre !

Enfin, le Commandant Driant termine par une savante description du ballon lenticulaire de Capazza dont il entrevoit une ralisation pratique.
Certes, son auditoire est enthousiasm. Toutefois, l'Histoire nous apprendra que l'ide de l'aronaute Capazza ne fut pas exploite. On s'orientera, dsormais, vers le plus lourd que l'air.
Du reste, la confrence si intressante du Commandant Driant indique magistralement, dans son ensemble, que nous sommes dans une priode de ttonnements et que nous devons, prochainement, atteindre le but. C'est vraiment une re glorieuse pour l'aviation qui va s'ouvrir. Un nouveau gnie, celui de l'air, doit bientt dchirer le voile et prsenter aux yeux merveills des plus incrdules, l'appareil magique attendu depuis plus de six mille ans ce sera le triomphe du plus lourd que l'air, la ralisation suprme de ce rve grandiose qui, de tout temps, passionna l'Humanit. L.

Deuxime cycle
De 1905 1910



Monsieur Marchis, professeur de physique la Facult de Bordeaux, rdige un cours complet intressant la navigation arienne. Cet minent savant fait don d'un volume de son uvre notre Association.
Quant M. Camille Flammarion, il nous offre, par l'intermdiaire du Commandant Driant, deux ouvrages rsumant toutes les observations qu'il a pu faire au cours de dix annes scientifiques.
Aussi est-ce un grand honneur pour le Club Aronautique d'avoir t ainsi combl par ces hommes de science dont les mrites ont, n'en pas douter, une rputation mondiale.
En 1905, une souscription est ouverte pour l'rection, Paris, du monument de Bartholdi en l'honneur des aronautes du sige de Paris (1870-71), nous y contribuons.
S'il est avr que le Club Aronautique de l'Aube ne demeure pas insensible l'appel des comits qui sollicitent son modeste concours, on le voit s'intresser, d'autre part, avec la plus bienveillante attention aux travaux de ses membres o toutes innovations concernant l'aronautique.
Bien des chercheurs s'attlent la ralisation du problme si passionnant du plus lourd que l'air , en tudiant, plus spcialement, les hlicoptres ; d'autres, ne se dpartissent pas du plus lger , comme notre camarade Nopper dont l'esprit, toujours en veil, modifie d'abord l'allumage des montgolfires, puis, transforme ancres et soupapes d'arostats.
L'aronaute Nopper, n'a-t-il pas constamment un petit truc au fond de son sac ?
Aussi, est-ce avec, le plus vif intrt que le Club Aronautique retient les projets les plus intressants. L'ancre, systme Nopper, par exemple, prsente au Club en 1905, offre cette particularit de disposer de quatre bras au lieu de deux. La partie infrieure est semblable toutes les autres ancres, seuls, deux petits bras remplacent le jas.
Bien que cette modification paraisse fort ingnieuse, je me permettrai de donner un avis, tout fait personnel, sur l'utilisation de lancre en gnral et en matire de navigation arienne bien entendu.
Je considre dsormais lusage de lancre, latterrissage du ballon, comme excessivement dangereuse.
Anciennement, cet engin tait d'une certaine efficacit. N'tait-ce pas l'heureux temps o l'on pouvait guide-roper pendant des heures entires et, par consquent, lancer l'ancre sans le moindre danger. Encore convenait-il, pour en obtenir le maximum de rendement que l'aronaute l'utilist au moment psychologique, c'est--dire suivant la nature du terrain, par exemple : la lisire extrme d'un bois que le ballon venait de franchir, dans un boqueteau, dans des haies, dans un rideau d'arbres sur le bord des routes, que sais-je ! En oprant ainsi, on pouvait avoir la presque certitude d'arrter la marche du ballon.
Maintenant qu'un inextricable rseau de fils lectriques n recouvert la surface du sol d'une immense toile d'araigne tout en fer, en acier ou en cuivre, alors que la navigation en sphrique devient de plus en plus difficultueuse, et qu'il convient d'apporter, dans les descentes, la plus grande vigilance, je condamne irrmdiablement l'emploi de l'ancre el je l'envoie se promener au muse et, pour parer ces inconvnients du tranage, qu'a-t-on fait ? Tout simplement ceci :
L'arostat a t dot d'un panneau de dchirure que l'on ouvre au moment prcis o la nacelle se trouve quelques mtres du sol, ce qui permet d'effectuer un atterrissage presque sur place, mme par vent trs violent ; encore convient-il, l'arrimage, de bien orienter ce panneau par rapport l'arrire du ballon dtermin par la fixation du guide-rope au cercle de suspension. Chaque pilote a peut-tre, ce sujet, son point de vue, quant moi, j'ai toujours orient le panneau aux trois quarts arrire et je n'ai jamais eu d'ennuis.
Si le ballon de Brissonnet, lors de son atterrissage Epothmont, le 19 mai 1884, avait t muni d'un panneau de dchirure, il n'eut pas subi un tranage de deux kilomtres. Et cependant, le pilote avait lanc son ancre La voyez-vous, cette malheureuse la remorque de la nacelle, s'accrochant, de nos jours, clans les lignes de courant haute tension, la corde ruisselant d'eau, c'eut t un tragique feu d'artifice, hlas !
Mais le secret d'un bon atterrissage rside surtout dans la recherche d'un abri, quand, par vent fort ou violent, on effectue la suprme descente. Il est indispensable de conserver une provision - de lest suffisante pour permettre au pilote de stabiliser le ballon quelque quarante mtres au-dessus du sol, et de naviguer ensuite cette altitude ; ce rsultat sera obtenu en rglant la descente moins de cent mtres la minute, ds que la rupture d'quilibre du ballon se produit.
Ainsi cette manuvre donne-t-elle le temps d'examiner les obstacles qui peuvent se prsenter et, notamment, les dangereuses lignes de courant haute tension.
Et, quand le sphrique va franchir un vallon, un beau rideau d'arbres en bordure d'une route ou d'une rivire, quand il a travers une fort et qu'il en gagne la lisire, un bon coup de soupape basse altitude et au moment jug opportun par ce qu'on pourrait dnommer le flair du pilote vous assure un excellent atterrissage, salis trainage, si le panneau de dchirure est ouvert temps.
En rsum, c'est toujours la prise de contact avec le sol qui inquite les jeunes aronautes. Il suffit de se souvenir qu'une descente bien rgle, moins de cent mtres la minute, avec arrt quarante mtres du sol, par exemple pour choisir son terrain, donne, en principe, d'excellents rsultats.
L'anne 1906 se signale par le dpart simultan de trois arostats, l'occasion de la fte du 14 juillet. C'est l, pour lpoque, un vritable vnement qui laissera une trace durable dans l'esprit de nos compatriotes.
En outre, il convient de remarquer que dans notre ville, depuis l'anne 1901, cinquante-deux voyageurs ont pris la voie des airs, parcourant 1491 kilomtres. Ces chiffres sont, je pense, pour un dbut, suffisamment loquents.
L'anne suivante permet aux deux sphriques du Club aronautique de s'expatrier.
L'Aube part le 7 juillet, Romilly-sur-Seine, et le Titi s'lve de Langres (Haute-Marne), le 18 aot.
Le 7 juin 1908, l'occasion de la fte fdrale de gymnastique, Troyes, nous assistons un impressionnant dpart de quatre ballons. Successivement s'lvent : le Titi, l'Icare, le Walkyrie et l'Aube.
Voici le rcit que donne M. Joanneton de son voyage bord de l'Icare :

Une foule immense entourait l'esplanade du Lyce, cependant que quai ce ballons ayant belle prestance, ma foi, se gorgeaient de gaz avant de boire l'espace.
Toutes les oprations prliminaires s'accomplirent avec aisance et une science trs sres. On comprenait, tout, de suite, qu'on se trouvait en Prsence de vtrans de l'arostation. C'tait plaisir de voir la mle vigueur de ces jeunes hommes la minute de l'accrochage de la nacelle aprs le cercle.
Certes, ce n'est pas l besogne de dbile. Le sport des voyages de l'air est donc un des plus intressants. Il exige, d'autre part, un sang-froid rel et marque, par consquent, une volont qui commande ses impressions. Aussi applaudissons.

Malgr le vent qui soufflait terre, avec une assez grande force, les quatre dparts successifs se firent avec la mme souplesse et la monte ne manqua point d'une certaine majest.
Le Titi pari, il est parti. Sous la direction de M. Nopper s'effectue alors le pesage de I'Icare et nous nous prparons emboter le pas notre camarade sphrique. Avec 55 kilos de lest, on ne fait pas le tour du monde, mais en sachant s'en servir, on peut encore abattre quelques kilomtres. C'est ce que nous a fait voir notre pilote, M. de Kergariou, qui nous a maintenus constamment une hauteur moyenne de 600 mtres.
Nous nous levons lentement et nous dcouvrons une place non pas noire de monde (puisqu'il n'y a que des toilettes claires), mais le boulevard Gambetta, qui s'appelait, le mail du Lyce, quand j'tais encore jeune potache, est vraiment trs garni, et nous n'avons pas eu souvent une pareille assistance. Par contre, la rue Emile-Zola est dserte : elle n'est pas dshrite que d'un bout, en ce moment, elle parat l'tre tout au long.

Le panorama de la ville est superbe. La cathdrale a vraiment grand air et bel aspect. Nous voyons trs nettement Sainte-Savine, Saint-Andr, Lpine, Torvilliers et. Saint-Germain se reconnat facilement sa grosse tour carre. Nous avons travers la ligne de Mulhouse, un kilomtre environ de la gare de Troyes. Nous approchons d'une autre voie ferre, la ligne de Saint-Florentin. Nous passons au-dessus de Saint-Jean-de-Bonneval et Jeugny. Nous coupons la voie, sans nous faire tamponner par un train qui passe, heureusement pour pour nous. Nous planons bientt gauche de la fort d'Aumont.
Nous voici juste au-dessus de Bernon. On voit distinctement le faubourg de La Fontaine, les quatre chemins. Je jette une carte de visite, mais, comme nous marchons 30 kilomtres Iheure, elle va tomber dans les champs, en face de la scierie. Je doute qu'elle arrive destination.
A gauche, on aperoit Coussegrey, droite, Lignires et, dans le fond, Marolles ; nous passons ensuite entre Dannemoine et Vzinnes, laissant Tonnerre gauche ainsi qu'Epineuil, nous traversons Viviers, Poilly-sur-Serein, nous nous dirigeons sur Aigremont.
Nous avons suivi fidlement, jusqu' prsent, le Titi, que nous voyons atterrir peu de distance d'une grosse ferme et d'un petit chemin de fer tortillard qui lui permettra peut-tre de rentrer le soir.
Comme point d'atterrissage, ce n'est pas mal choisi et nous tlphonons (avec notre tlphone naturel) au camarade Protat pour le fliciter.
Nous avons cru voir l'Aube atterrir du ct de Chablis, mais notre compagnon de voyage reprend son essor ainsi que le ballon Walkyrie.
A partir de 6 heures, nous guide-ropons pendant trois quart dheure, au bout desquels n'ayant plus un grain de lest, nous atterrissons Prcy-le-See (Yonne), 100 mtres d'un chemin qui se trouve au fond de la valle. La nacelle se pose mollement, sur le haut des arbres pas un souffle de vent, pas un gramme de force ascensionnelle, c'est l'immobilit, la paralysie, l'quilibre parfait dans tous les sens. Nous sommes comme l'oiseau sur la branche, niais ce n'est pas une position sociale, et puis, tout doit avoir une fin. Grce l'obligeance de quelques personnes qui tirent sur le guide-rope, nous prenons dfinitivement terre 7 heures.
A 9 heures, le train nous emmne Laroche en passant par Cravant o retentit potiquement ce cri, agrable nos oreilles d'affams 20 minutes d'arrt ! Buffet !

Le 26 juillet, au Raincy (S.-et-O.), ce sera le dpart du Titi et, le 4 octobre, celui de l'Aube, au concours d'automne de l'Aro-Club de France, Paris. Dans ce dernier voyage, les aronautes se classrent fort honorablement, aprs avoir tenu l'air pendant 21 h 20 minutes, parcourant 270 kilomtres.
Mais le Club Aronautique de l'Aube ne saurait porter uniquement son attention vers ces manifestations extrieures qui plaisent, n'en pas douter, la population de notre ville.
Notre Club est conscient du rle qu'il doit remplir pour le dveloppement de l'ide aronautique dans notre dpartement, aussi continuera-t-il se tenir en contact avec des savants trs en renom, ou bien organiser des causeries et des cours toujours fort intressants.
L'Aro-Club de France, Paris, demande notre Groupement de faire une tude complte sur les secteurs lectriques en vue d'viter, proximit de ces derniers, de graves accidents au cours de futurs atterrissages. Cette enqute s'tend aux dpartements suivants : Aisne, Ardennes, Aube, Cte-d'Or, Doubs, Haute-Marne, Marne, Meurthe-et-Moselle, Nivre, Haute-Sane, Seine-et-Marne, Vosges et Yonne.
Je dois signaler qu'en l'anne 1908, je fus charg de prsenter, au Colonel Richard, alors directeur des Etablissements d'arostation de Chalais-Meudon, l'appareil optique (opticum) que M. Joanneton venait de concevoir et de faire construire par M. Maxant de Paris.
M. le Colonel Richard s'intressa vivement cet appareil et fit, son sujet, un rapport logieux au Ministre de la Guerre. Et puis, ce fut l'oubli !
L' opticum , ainsi dnomm par son auteur, est un appareil qui permet de dterminer, d'une manire pratique et rapide, la vitesse d'un mobile en mouvement et, en particulier, celle d'un arostat.
Cet instrument se compose d'un secteur en cuivre, d'une lunette ou viseur, d'un miroir et d'une rglette mobiles se dplaant sur une division gradue convenablement.
L'appareil est soutenu verticalement, l'aide d'une cordelette rattache au cercle de suspension du ballon, dans une position telle que le viseur soit la hauteur de l'il du pilote. Celui-ci, faisant face au vent ou ayant le dos tourn au sens de la marche de l'arostat, observe pendant une minute et suit, en faisant pivoter le miroir, un objet, arbre, clocher, maison, croisement de routes, etc., ds que cet objet a pass au-dessous de la nacelle. Il note ensuite la hauteur indique par le baromtre, 1 200 m par exemple. En retournant l'appareil, il n'y a qu' regarder le point o l'horizontale 1 200 rencontre l'arte suprieure de la rglette. La ligne verticale qui passe leur intersection, donne la vitesse cherche. Il n'y a donc aucun calcul faire.
Si la dure de l'observation n'est que de 30, 20, 15 ou 10 secondes, en multipliant le rsultat partiel obtenu par 2, 3, 4 ou 6, on a la vitesse en kilomtres/heure.
Cet appareil a t donn par M. Joanneton, au muse de Troyes.

En l'anne 1909, est cre Romilly-sur-Seine une section du Club aronautique de l'Aube. Quatre dparts de sphriques sont organiss dans cette ville, au cours de la prsente anne, ils ont lieu sur le terrain de La Bchre.
De nouveau; l'Aube s'lve du Raincy, le 25 juillet, puis le 26 septembre il part, des Tuileries Paris, pilot par Boivin, pour le Grand Prix de l'Aro-Club (le France, et se classe 9e sur 22 concurrents, aprs avoir effectu un parcours de 598 kilomtres.
Dans la mme journe s'lvera de Paris, un ballon, Le Cafard 65. Cet arostat, pilot par Nopper, prend part un concours d'atterrissage organis par l'Aro-Club de France.
Huit annes seulement se sont coules depuis la fondation du Club aronautique de l'Aube, et nous avons dj accompli trente-huit ascensions libres, particip plusieurs comptitions ariennes, organis les cours prmilitaires d'arostation, constitu une section trs vivante Romilly-sur-Seine et port les couleurs du C. A. A. travers la France et mme l'tranger. Ce sont l des rsultats tangibles qui confirment suprieurement la vitalit de notre Socit qui va continuer, plus que jamais, dvelopper, dans le dpartement de l'Aube, le sens de l'air.

Troisime cycle
De 1910 au 2 aot 1914



Au tableau d'honneur, dix ascensions, vingt-sept passagers prendront le dpart en 1910. Vraiment c'est un record !
N'est-ce pas l'anne de la rapparition de la fameuse comte de Halley ! Aussi pour la voir de plus prs ! une ascension de L'Aube est organise Troyes, dans la nuit du 18 au 19 mai.
Ds son envole, une pluie diluvienne inonde l'arostat et ses occupants. Le sphrique surcharg par l'eau qui ruisselle de toute part, atteint pniblement 1 250 mtres d'altitude. Et, quand les aronautes trouvent au fond de la nacelle le dernier sac de lest, cest avec peine qu'ils se rsignent descendre n'ayant pu, leur grand dsespoir, traverser l'paisse couche de nuages, et, bien entendu, sans avoir aperu un seul cheveu de comte.

Le 25 septembre 1910, Roger Renard, le futur secrtaire gnral de l'Aro-Club, reoit le baptme de l'air bord de l'Aube et voici relates ses impressions :

Sous la conduite experte de M. Nopper, aronaute, qui en est sa vingt-quatrime ascension, nous prenons place, M. Bernard et moi, dans la nacelle de l'Aube. Le pesage effectu par M. Protat, te traditionnel lchez tout du pilote se fait entendre. Nous quittons la terre 1 h 50, aux applaudissements de la foule. Rapidement nous montons et en dix minutes, nous atteignons 1100 mtres. Mais une fcheuse brume qui persistera pendant tout le voyage, restreindra notre vue dans un rayon de 20 kilomtres environ.
Pousss par un vent d'Est sur Sainte-Savine, deux heures, et aprs un dernier coup d'il sur Troyes, qui se perd dj dans le brouillard, nous faisons notre inventaire de lest. M. Nopper constate, avec un malin sourire qui en dit long, que nous avons du pain sur la planche .
A son avis, et moins d'imprvu, nous pouvons faire cinq six heures ce voyage.
A 2 heures 10, aprs avoir suivi la grande route, nous passons droite de Torvillers, 850 mtres au-dessus de la ligne de chemin de fer, entre ce pays et la briqueterie. Troyes est peine visible maintenant.
2 heures 15, 1 200 mtres, nous sommes entre Messon et la Grange-au-Rez. A 2 heures 35, Fontvannes est notre gauche, puis nous arrivons Estissac 2 h 50.
La fracheur d'un bois, prs de Mesnil-Saint-Loup, et la brume aidant, nous fait descendre rapidement 950 mtres, au moment o nous admirons l'Abbaye.
3 heures 03, nous ne sommes plus qu' 250 mtres. Le pilote cherche quilibrer le ballon cette altitude, pour profiter du vent de terre. Malgr un jet de lest, notre descente continue, et nous arrivons vivement sur Plis, le guide-rope touche terre. Le village est travers sans dgts aux acclamations des habitants et aussi au grand effroi des volailles qui, pouvantes, volent de tous cts.
3 heures 27, Planty. Le vent est assez fort. Un bois est devant nous. Il va nous coter cher aussi. Nous le traversons 50 mtres d'altitude, le guide-rope trane sur les arbres avec un bruit de feuilles remues et, de branches casses. Nous ne tenons pas descendre cet endroit. Et comme nous sommes encore loigns de la lisire, un fort jet de lest nous ait faire un norme bond.
3 heures 40, 1 000 mtres. A gauche de Courgenay. Il ne reste plus que 45 kilogs de lest. Encore une descente semblable et la fin de notre voyage est proche. Nous n'osons y songer. Il est trop tt encore.
3 heures 50, 1 100 mtres. Villeneuve-I'Archevque gauche. Nous remontons au N.-O., traversons la fort de Langy et son fcheux effet n'a plus de prise sur nous cette hauteur.
4 heures 21, 1 600 mtres. Nous dominons la brume. Le soleil tape 34. Vertilly, Plessis-du-Me sont traverss la mme hauteur et, aprs un lger coude vers l'Ouest, nous sommes sur Montigny 4 h 30.
Nous descendons lentement d'abord, mais la chute s'accentue. Noue dernier test sert l'enrayer. C'est la fin du voyage, 15 kilogs de lest nous restent pour notre atterrissage qui se produit 5 heures 25 100 mtres de la ferme de Daincouit, aprs quelques heurts lgers, sur la ligne mme les dpartements de l'Yonne et de Seine-et-Marne.
Notre matriel, vivement pli avec l'aide des propritaires de la ferme qui ont t d'une complaisance extrme, nous gagnons Champigny-sur-Yonne dans leur voiture moisson. Nous ne nous plaignons pas, heureux que nous sommes d'avoir pu trouver ce vhicule au milieu des champs et loin de tout pays.
En rsum, voyage heureux ; distance parcourue : 100 kilomtres environ en 3 heures 26 minutes, ce qui est assez joli pour des dbutants. Aussi nous quittions-nous, le lendemain, enthousiasms, nous promettant de faire mieux encore la prochaine fois.

R. RENARD.


C'est au cours de l'anne 1911, le 2 juillet, que Suzanne Bernard, accompagne de son pre, reoit le baptme de l'air, bord du ballon l'Aube qui s'lve place du march prs de l'glise, Sainte-Savine.
Cette ascension imprima dans cette jeune me, une telle ardeur et un si grand amour des voyages ariens, qu'irrsistiblement elle se sentit attire vers l'aviation naissante.
Aussi, ds cette anne, Suzanne Bernard s'inscrivit-elle comme lve-pilote d'aroplane l'arodrome de Villesauvage, prs d'Etampes.

Le 2 juin 1912, le ballon l'Aube, pilot par Eugne Daubigny 66 franchit la frontire et porte nos couleurs en Allemagne, Selben-Hausen (Hesse-Nassau).

Compte rendu de la 56e ascension du Club Aronautique de l'Aube
2 juin 1912



Le programme de la fte, de nuit du Festival-Concours de la Fdration des Socits de gymnastique de l'Aube comportait le dpart d'un ballon du Club aronautique de l'Aube. Aprs un gonflement, assez pnible cause des remous ariens, nous prenons heureusement, l'air dix-heures du soir, emportant dans la nacelle cent quarante kilos de sable. Le vent, qui souffle avec violence vers le nord-est, nous permet d'esprer-un voyage rapide et de dure. En partant, nous remercions nos amis Boivin et Darsonval de l'aide qu'ils nous ont, comme toujours, aimablement prte.
Nous nous quilibrons entre 700 et 800 mtres. A 11 heures, nous passons prs de Bar-le-Duc. Nous filons plus de 80 kilomtres l'heure.
Minuit. 1 500 mtres, 13. - Nous dominons la mer de nuages, que nous ne quitterons pour ainsi dire plus jusqu' l'atterrissage. A ce moment, malgr l'paisseur de la couche blanche qui nous spare du sol, nous apercevons de vives lueurs, que nous prenons d'abord pour des projections d'un des nombreux forts qui dfendent notre frontire. Une claircie nous fait voir que ce sont les hauts fourneaux avoisinant la rgion de Longwy. A n'en plus douter, nous quittons la terre de France.
24 heures 30. 1 250 mtres, 6 - Mer de nuages. Grce de petits jets, nous continuerons notre voyage entre 1 250 et 1 600 mtres.
1 heure. - L'cho d'une fte de village arrive jusqu' nous. Un orgue nous joue Tous en chur , la Valse brune , sans trop faire de fausses notes. On voit qu'en Allemagne on aime les airs populaires franais. Nous en entendrons d'ailleurs plus tard Cologne, dans un caf-concert, qui nous offre Manette et les Soldats de plomb .
Entre deux nuages, nous reprons une gare importante qui, nous le saurons par la suite, est celle de Luxembourg.
3 heures 30. 3. - Par suite de condensation, nous descendons de 1 700 mtres 900 mtres. Nous traversons la couche de nuages qui a plus de 300 mtres d'paisseur. Nous passons au-dessus de villages et de forts. En vain, nous appelons, personne ne rpond.
La dilatation et un jet de lest nous font remonter 1 500 et 1 800 mtres. Nous assistons 4 h 02 au lever du soleil. Spectacle grandiose contempler que tous ces nuages qui prennent toutes Les couleurs de larc-en- ciel avant de laisser apparatre enfin l'astre du jour.
4 heures 30. 2 000 mtres. - Pendant quelques instants, les bois, les champs les villages dfilent sous nos yeux, entre les nues, avec la rapidit d'un film de cinma. Nous devons tre loin maintenant de la capitale de la Champagne !
4 heures 45. 2 400 mtres. - Nous n'avons plus que 40 kilos de lest. IL faut songer se rapprocher du sol. Quelques coups de soupape nous font traverser nouveau les nuages. La condensation alourdit, notre ballon. Il va falloir atterrir malgr les bois. Nous guide-ropons sur des grands chnes, puis sur des sapins et enfin sur un jeune taillis. Un dernier coup de soupape, nous touchons terre prs d'un chemin, au bord duquel notre nacelle se pose assez doucement, pendant que le ballon finit d'agoniser au pied des arbres.
Nous sommes Barig-Selbenhausen, dans la Hesse-Nassau, 80 kilomtres de la rive droite du Rhin. Il est 6 heures 05 minutes, heure allemande. Notre voyage a donc dur sept heures, pendant lesquels nous avons franchi plus de 400 kilomtres.
Notre ascension tant ainsi heureusement termine, nous ne souhaitons que de gagner le plus rapidement possible la terre franaise : les autorits allemandes en dcidrent autrement.
Aussitt notre atterrissage, le bourgmestre avait tlgraphi au landrath ou prfet de Weilburg et la gendarmerie. Une heure plus tard, nous tions conduits dans le bureau du bourgmestre et fouills par un gendarme, un grad s'il vous plat, en prsence du prfet, qui avait jug le cas assez grave pour se dplacer en personne. Une heure durant, ce fonctionnaire nous interrogea. Une lettre portant le timbre du corps de dbarquement (mission Clavenad) au Maroc, un permis de conduire les automobiles, diffrents papiers peu importants et notre appareil photographiques furent saisis. On nous conseilla de ne pas nous servir de ce dernier pendant notre sjour en Allemagne.
Un clich du lieu de notre atterrissage, ainsi que le groupe de curieux qui nous entouraient, nous ft, notre grande satisfaction, rendu tout dvelopp par les soins de l'administration.
Interrogatoire et- visite de nos papiers avaient du reste t faits avec une grande courtoisie. Nous pensions enfin tre libres : il n'en tait rien. Le commandant de place de Francfort avait t prvenu et c'tait lui de statuer sur notre cas. Une dpche, vritable journal, lui avait t envoye et- c'esth Bai'ig mme que flOUS devions attendre sa dcision. Nous voil donc obligs de rester, toute une journe, dans ce pauvre village, sans agrment ni pour nous ni pour le gendarme prpos notre garde.
Un bon djeuner nous et aide passer le temps de faon charmante. Mais il n'y avait ni htel ni auberge. Nous demandons la femme du bourgmestre ce qu'elle peut nous procurer. L'offre d'une franche de jambon nous fait venir l'eau la bouche. Le couvert est vite dress dans la salle mme de la mairie, sur le bureau du maire. On nous apporte un peu de jambon cru, du beurre, du pain de seigle, mais comme boisson... de l'eau. Et pourtant les braves gens du pays ont bu ce matin, notre sant et nos frais, pour vingt-neuf marks de bire ! Enfin, vers cinq heures du soir, arrive l'ordre de nous mettre en libert.
Toujours escorts du bon gendarme, nous nous dirigeons vers Weilburg, o nous faisons, six heures, une entre sensationnelle. Aprs une dernire visite la prfecture et la gendarmerie, nous pouvons enfin tlgraphier Troyes. Notre matriel demeure saisi jusqu' ce que soit dpose la douane de Limbourg, une somme de mille marks.
A l'htel Traube, nous avons le plaisir de rencontrer un collgue, un pilote allemand, brevet de la F. A. I., qui nous donne le conseil d'aller rendre visite M. Neumann, prsident de l'Aro-Club de Francfort. Ce dernier se mit fort aimablement notre disposition pour nous donner tous les renseignements ncessaires au retour de notre ballon. Grce lui, nous avons pu visiter, dans son hangar, le Schwaben, dirigeable du type Zeppelin, faisant le service des voyageurs entre Francfort et Ble.
notre grand regret, l'heure du train ne nous a pas permis d'assister son envol.
Nous sommes alls rendre visite galement M. Desjardins, vice-consul de France. Auprs de cet aimable fonctionnaire, nous avons trouv galement un accueil cordial et empress.
Les droits de douane consigns Limbourg, nous regagnons la frontire en visitant rapidement Cologne, Metz, o nous passons la nuit. Enfin jeudi, nous rentrons en France par Pagny-sur-Moselle, o la douane franaise nous facilite avec beaucoup d'amabilit la rentre de notre ballon. Partis de Nancy, o nous avons couch, nous arrivons Troyes midi 39, aprs cinq longs jours d'absence. Avant de terminer, nous tenons remercier nos collgues aronautes franais et allemands, le prsident de l'Aro-Club de Francfort et M. Kessel, pilote Weilburg, de leur amabilit et de l'empressement qu'ils mirent aider deux Franais. Nos meilleurs remerciements aussi M. le Secrtaire de la Prfecture de l'Aube d'avoir bien voulu faire prvenir la douane de notre rentre par Lagny. Conclusion : l'aronautique sportive et scientifique ne devrait constituer, pour les adeptes, qu'une seule et mme famille. Ce sport et cette science devraient ignorer les frontires, ainsi que cela se passe aux runions de la F. A. I.

H. BROCARD, E. DAUBIGNY.


C'est aussi en l'anne 1912, que le Club sera agr en qualit de Socit de prparation militaire. Il se mettra donc sur l'heure la besogne, en instituant et en professant, l'Htel de Ville de Troyes, les cours prmilitaires d'arostation qui sont ouverts solennellement le 1er octobre ; et nous aurons la satisfaction de prparer, en deux annes, plus de trente candidats pour l'arostation militaire 67.
Le 8 juin 1913, l'Aube, dans une ascension mouvemente atterrit en Sibrie Lorraine. En voici la relation crite par l'un des passagers, M. Edouard Hberlin, publiciste Paris. Ce rcit difiera le lecteur sur le degr d'nervement, avant-guerre, des populations voisines de la frontire allemande.